Nuages noirs pour Piñera

Chili Dossiers difficiles et inattendus pour le nouveau président

Ce jeudi 11 mars, la présidente Michelle Bachelet va céder la place à son successeur, Sebastian Piñera. Celle qui fut la première femme à présider le Chili termine son mandat avec un taux de popularité record de 84 %, même si beaucoup ont critiqué sa gestion immédiatement après le violent tremblement de terre du 27 février.

Piñera, richissime businessman qui incarne le retour de la droite après quatre présidents de centre-gauche, se voyait arriver au pouvoir en « winner » (il a étudié à Harvard…) sûr de faire de son mandat une « success story ». Sa tâche sera cependant plus compliquée que prévu.

Non seulement il va devoir gérer les conséquences du séisme, mais Michelle Bachelet lui laisse un cadeau empoisonné : la réouverture de la Commission vérité et réconciliation pour poursuivre les auteurs des crimes commis durant la dictature de Pinochet.

Les destructions causées par le séisme vont certes bousculer les ambitieuses prévisions économiques avancées par Piñera, qui pensait commencer son mandat sous les meilleurs auspices : la croissance repartait à la hausse après douze mois de récession, alors que le Chili vient d’entrer dans le club assez exclusif des pays industrialisés qu’est l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

Vu les dégâts infligés par tremblement de terre, dont le coût pourrait dépasser les 15 milliards de dollars, la croissance du Produit intérieur brut devrait donc être inférieure au taux de 4,5 % prévu pour 2010 . Mais l’économie du Chili est assez solide pour faire face, et la reconstruction pourrait même stimuler la création d’emplois, le taux de chômage étant un des principaux points faibles de l’économie chilienne.

De plus, les talents de manager de Piñera-le-grand-patron devraient l’aider dans cette lourde tâche que sera la remise en état des zones meurtries : il a d’ailleurs symboliquement offert un chronomètre à ses ministres, pour leur rappeler qu’il n’y aurait pas une minute à perdre…

Les crimes de la dictature risquent, politiquement, d’être autrement encombrants pour le nouveau président. En effet, le 8 février dernier, la présidente sortante Michelle Bachelet a décidé de rouvrir les documents rassemblés par les deux commissions (Rettig en 1991, Valech en 2003) qui, depuis la fin de la dictature, ont enquêté sur les crimes commis par celle-ci. Ces commissions auront un mandat de six mois pour préparer d’éventuelles poursuites en justice basées sur les révélations qu’elles ont faites.

Michelle Bachelet entend visiblement rassurer les organisations de défense des droits humains : ce n’est pas parce que Sebastian Piñera arrive au pouvoir que les tortionnaires de la dictature resteront impunis. Mais cette réouverture des dossiers va inévitablement plonger Piñera dans l’embarras.

S’il a affirmé très clairement qu’il n’avait pas soutenu pas la dictature de Pinochet, plusieurs personnes de son entourage très proche – directeurs de campagne ou membres de son équipe gouvernementale – ne peuvent en dire autant. Et en novembre dernier, Piñera avait indiqué, sous les applaudissements des militaires, qu’il voulait en finir avec ces procès liés aux droits humains « qui n’en finissent jamais ». Le président va-t-il préférer le respect des droits humains, qu’il prône publiquement, à ses amis de droite ?

KIESEL,VERONIQUE
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