Le retour puissant de Jimi Hendrix

Musique Le nouveau CD posthume

Il aura suffi à Jimi Hendrix de trois albums studios pour être de son vivant considéré comme un des plus grands guitaristes du XXe siècle. Parus en 1967 et 1968, ces LP furent également balisés par des performances scéniques extraverties qui entreront dans l’histoire de la musique. De Monterey à l’île de Wight, en passant par Woodstock. Entre blues psychédélique, hard-rock et fusion jazz, le compositeur américain a suscité un mythe lié également à son mode de vie anarchique et, à 27 ans, à sa mort prématurée, liée à un abus d’alcool et de médicaments.

Première superstar noire du rock, Hendrix a à ce point révolutionné la technique guitaristique qu’il a fait exploser les ventes de la Stratocaster de M. Fender.

On ne compte plus les disques parus à titre posthume. Pas toujours passionnants – ni authentiques, d’ailleurs. Live dispensables ou bandes de studios tripotées par des producteurs sans vergogne, rien ne lui aura été épargné. Et, après les vinyles, ce sont les CD qui ont permis à la fondation qui gère son patrimoine (que dirige toujours sa demi-sœur Janie) de repasser les plats.

Cette année, le disque Valleys of Neptune allonge encore un peu la liste de ces publications. Mais comme par miracle, le côté « inédit » de la chose (lire ci-dessous) fait que le traitement réservé à cet album est différent.

Au point qu’il se retrouve chez nous classé dans les meilleures ventes de la semaine.

Jimi garde malgré tout une place à part dans le cœur des nouvelles générations. Si son image est toujours très forte (avec un pétard ou une guitare en main !) pour faire le bonheur des vendeurs de T-shirts ou de posters, sa musique ne bénéficie pas d’un enthousiasme comparable à celui dont bénéficie toujours l’œuvre des Beatles, des Stones ou de Led Zeppelin.

Jimi n’est pas Jimmy

Le jeu de Hendrix, avec ses longs solos, n’a rien de contemporain. Au contraire d’un Jimmy Page – ou même d’un Clapton, nettement moins « complexe ». La filiation d’un The Edge ou d’un Jack White remonte davantage au guitariste de Led Zep – dont l’image, par contre, est quasi insignifiante, vu qu’il est vieux, bouffi et surtout vivant !

Concernant Hendrix, c’est plus l’homme que sa musique qui fascine encore. Celle-ci le range davantage parmi les Coltrane ou les Zappa : des révolutionnaires touchant prioritairement les musiciens, plus que le grand public.

Comme Kurt Cobain, Hendrix fut une comète mais il n’a pas porté seul sur ses épaules les rêves, les rancœurs et les espoirs de toute une génération. Il est parti un an après Brian Jones, un mois avant Janis Joplin et à peine neuf mois avant Jim Morrison. Il est définitivement lié à une époque folle (qu’a résumée la génération Woodstock), où tout semblait permis, à commencer par la foi en l’avenir. Le réveil, avec les années 70, fut douloureux.

Si les ados faisaient aujourd’hui l’effort d’écouter Hendrix ou simplement de redécouvrir son fulgurant parcours, ils pourraient très bien avoir là leur nouveau héros. Quarante ans plus tard !

Bio express
1942

Naissance le 27 novembre à Seattle.

1966

Forme le Jimi Hendrix Experience, à Londres, avec les Anglais Noel Redding (basse) et Mitch Mitchell (batterie).

1967

Deux albums, Are you experienced ? et Axis : bold as love. En juin, participe au festival de Monterey.

1968

Double album Electric Ladyland.

1969

Participation au festival de Woodstock. Dissolution de l’Experience au profit du Band of Gypsys (Billy Cox et Buddy Miles).

1970

Publication d’un album live, Band of Gypsys, enregistré au Fillmore East de New York. Concert, en août, à l’île de Wight. Meurt par étouffement, le 18 septembre, à Londres.

« Valleys of Neptune » : le meilleur d’un artiste habité

Ce n’est pas un anniversaire – sinon les 40 ans de sa mort en septembre prochain – mais la reprise en main du catalogue Hendrix par Sony (succédant à Universal) qui nous vaut ce retour tonitruant dans l’actualité du « guitar hero ». À côté des nouvelles rééditions, il y a ce fameux Valleys Of Neptune, annoncé comme inédit. Unreleased studio recordings, est-il bien indiqué sur la pochette tirée d’une photo de Linda McCartney. Entendons-nous bien sur le terme inédit : il ne s’agit pas de découvrir des compositions jamais entendues, mais bien d’enregistrements, de versions jamais parues telles quelles, de titres déjà édités sous une autre forme.

Au lendemain de la mort d’Hendrix, le manager Alan Douglas a publié tout ce que Jimi avait laissé derrière lui, en studio, de chansons finies ou en cours d’enregistrement, quitte à les produire lui-même avec de nouveaux musiciens. Avec Valleys Of Neptune, il s’agit enfin de découvrir ces mêmes titres dans leur version originale, comme leur génial auteur l’avait voulu. Il s’agit de sessions réalisées entre février et septembre 1969, à l’Olympic Studio de Londres et au Record Plant de New York. En ce qui concerne la plage titulaire, Jimi y est même revenu en mai 1970. Un titre, « Mr. Bad Luck » provient, lui, d’une vieille session produite par Chas Chandler en mai 1967. De « Stone free » à « Crying blue rain », via la fabuleuse reprise de Cream « Sunshine of your love », on retrouve le son dépouillé de Jimi en trio.

Pour trois chansons seulement, les rythmiques additionnelles réalisées en 1987 ont été préservées. Et, au total, ce disque restitue le meilleur d’un artiste bien décidé à affirmer son style sur la musique de son temps, sans fioritures. Seuls ses longs solos de guitare renvoient à une époque un peu révolue. Ce qui n’enlève rien à la force d’un disque puissant, habité, percutant et nerveux.

COLJON,THIERRY
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