L’avenir de la 3D se joue aussi en Europe

Cinéma Un domaine où le Vieux Continent conserve des atouts

LYON

De notre envoyé spécial

On l’appelle le Pape… Si c’est le surnom dont il a été affublé au récent Cartoon Movie, il est vrai aussi qu’en matière d’animation en relief made in Europe, il fait figure de pionnier et de spécialiste, Ben Stassen.

Après Fly me to the moon, il nous revient avec un nouveau long-métrage, conçu pour une exploitation en 3D. Sur le Vieux Continent, dixit l’intéressé, c’est le moment où jamais de se faire une place au soleil, face aux géants américains que sont les Pixar et autres Dreamworks.

A Lyon, début mars, c’est un plaidoyer pour l’animation en relief que nous a servi le patron de nWave. Enthousiaste, mais réaliste à l’heure où les projets s’accumulent dans les cartons et la concurrence se fait plus rude.

Outre des salles appropriées et une amélioration des techniques (en poussant par exemple à 144 images par secondes pour obtenir une fluidité maximale), il plaide pour une redéfinition du relief. « Nos collègues américains ont annoncé qu’ils ne feraient plus que des films en 3D. Prenons Up, par exemple. C’est merveilleux, fantastique, mais en ce qui me concerne, la 3D y est totalement inutile. Je ne pense pas que l’expérience à vivre soit meilleure qu’en 2D. A l’écran, on a un peu de perspective, mais sans plus. Donc, à quoi bon ? » Et notre homme de prédire que dans deux ou trois ans, l’impression de nouveauté s’étant évanouie, peu de monde acceptera encore de payer son ticket plus cher pour chausser de grosses lunettes. « Imaginez une famille avec deux ou trois enfants ! Je ne pense pas que le public sera aussi patient que ça. »

Des quelques extraits d’Around the world in 50 years montrés au Cartoon Movie, on retiendra déjà des personnages qui n’auraient pas dépareillé un Nemo et des décors propices à un message écolo. Les pérégrinations de Sammy la tortue donnent aussi l’occasion de traverser des paysages qui sont autant de terrains de jeux pour les perspectives (dont un plan de plage qui aspire littéralement le spectateur vers l’écran) et les désormais classiques jaillissements (avec, ici, un serpent bien saisissant).

Repousser plus loin les limites

« Quand nous avons présenté Fly me to the moon, reprend Ben Stassen, j’étais sûr que deux ou trois ans plus tard, ce ne serait plus qu’un film parmi d’autres. Si ça s’est vérifié, il reste que c’est toujours le seul à n’être sorti qu’en 3D. » Aujourd’hui, les films proposés en 3D sont également disponibles en version 2D. « Si vous pouvez les apprécier comme ça, la 3D n’est qu’un bonus, pas essentiel à l’expérience. Sur la longueur, je ne pense pas que ça prendra. » Traduction : pendant que les studios américains doivent rentabiliser leurs gros budgets avec cette 2D1/2, les Européens devraient saisir l’occasion de repousser plus loin les limites de la 3D : « Et travailler sur des réalisations à 10 ou 25 millions d’euros qui offrent une vraie expérience immersive, qui ne font pas regretter au public de payer le ticket plus cher. »

A l’autre bout du spectre des réalisateurs, certains font de la résistance. C’est le cas de Jacques-Rémy Girerd, par exemple. Le fondateur du studio Folimage, réalisateur entre autres de La prophétie des grenouilles, assure qu’il faut protéger la création et la créativité. Il s’en prend au passage à l’engouement indécent (sic) provoqué par un film comme Avatar, selon lui vecteur avec la 3D d’une uniformisation de la production cinématographique. « Un jour, il faudra remplacer le ministère de la Culture par un ministère des Loisirs et du Divertissement », assène-t-il avec un brin de provoc.

Alors que nWave a conclu un accord avec Studio Canal, ce qui permettra aux Bruxellois de passer d’un film tous les deux ans à une production annuelle, Ben Stassen voit déjà plus loin. « Le public se lassera peut-être des longs-métrages en relief. Cependant, la technologie 3D nous a menés à un tournant industriel : les téléviseurs 3D seront là au printemps. »

« Et ce seront moins les films et les émissions qui vont booster leurs ventes que les jeux vidéo. » Foi de Pape !

STIERS,DIDIER
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