Les excuses à la mère innocentée

Cour d’assises du Hainaut Jessica Bily acquittée sous les applaudissements

récit

Jessica Bily, 29 ans poursuivie pour l’infanticide du nouveau-né qu’elle étouffa au moment de sa naissance en janvier 2008, n’avait jamais été applaudie. Elle qui se demandait dans son journal intime « pourquoi (ses) parents l’avaient faite petite, grosse et conne », elle qui se cantonnait dans une timidité maladive la privant de toute relation sociale, elle a eu droit, pour la première fois de sa vie, aux applaudissements du public de la cour d’assises alors que le président Jean-Francis Jonckheere venait de prononcer ce mot magique et inattendu pour elle : « Acquittée ».

Acquittée du meurtre de ce fils, Marc, étouffé en même temps qu’il naissait dans la salle de bains de son appartement social de Baudour ; dispensée du sceau infamant d’avoir été une infanticide ; reconnue, au sens du verdict rendu par les six femmes et six hommes du jury montois, d’avoir été la victime de cette agression mentale imparable et méconnue qu’est le vrai « déni de grossesse ».

« Acquittée »… Le président Jonckheere se tourna vers les policiers encadrant l’accusée : « Veuillez ouvrir le box des accusés. » Et il invita la désormais innocente à s’asseoir dans la salle, « au premier rang ». Jessica Bily sembla tressaillir. Elle lâcha un « merci » à l’adresse des jurés qui n’avaient eu besoin que de 75 minutes pour la rendre à sa fille Jody et son fils Raphaël, né en prison il y a 14 mois. Aveuglée par le résidu des larmes qui inondait son visage depuis l’ouverture de son procès, elle zigzagua jusqu’à cette place de femme libre. Libre, mais toujours prisonnière de la culpabilité morale d’avoir commis l’irréparable. Une bénévole de l’aumônerie de la prison l’enserra dans ses bras. Dans le public, des pleurs. Ceux de surveillantes de la prison, devenues sa nouvelle famille. Ceux de la maman de son ex-compagnon (« mamy » qui veut qu’elle rejoigne « le clan »). Ceux d’anonymes ébranlés par le destin de cette maman, meurtrière malgré elle, et du sort réservé à Marc, mis à mort alors qu’il était à peine né.

Le président Jonckheere prit la parole : « Je vous dois des excuses. A travers vous, je les adresse aussi à une femme qui, il y a 20 ans, avait donné naissance à son enfant dans les toilettes de son appartement. Je m’étais fâché sur elle. Je n’avais rien compris. Nous n’avions rien compris. » Le déni de grossesse était alors inconnu. L’avocat général Alain Lescrenier l’avait souligné dans son sincère réquisitoire d’acquittement : « Il y a dix ans, on aurait eu beaucoup de mal à croire Mme Bily. Nous aurions été convaincus de sa dissimulation. » Mais voilà, les études, la science ont érigé depuis le « déni de grossesse » en réalité scientifique incontestable et prouvée, en l’espèce, par la naissance de Raphaël à la prison de Mons. « Une véritable reconstitution », selon Alain Lescrenier.

Avant de rendre l’ex-accusée à ses proches et ses fervents, le président Jonckheere (qui terminait son 111e procès d’assises), ému jusqu’aux larmes, s’était encore excusé : « Vous avez passé trop de temps en prison, ce n’est pas normal ! » Et Jessica, l’audience levée, s’était retrouvée dans les bras de son ex-compagnon, dans ceux de ces gardiennes de prison qui la soutiennent. Dans ceux d’une société qui avait gommé son état d’infanticide. Pour le remplacer par celui de « bonne mère ».

P.2 L’édito

METDEPENNINGEN,MARC
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