Suu Kyi torpille les «élections»

Birmanie La Ligue nationale pour la démocratie rejette le scrutin à venir

Ce lundi, lors d’un congrès extraordinaire regroupant près de 160 représentants, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) birmane a refusé à l’unanimité des voix –moins une– de s’enregistrer en vue des élections de 2010. Ceci signifie que la NLD n’aura pas à purger de ses rangs les membres condamnés, dont leur figure de proue, la célèbre opposante Aung San Suu Kyi.

Face aux compromissions qu’induisait immanquablement la nouvelle législation électorale diffusée début mars par la junte au pouvoir, la NLD choisit la voie d’une intransigeance politique qui renforce son message : pas question d’accepter une démocratie où 25 % des sièges sont réservés à l’armée, pas question de renoncer à la présidence sous prétexte que Suu Kyi aurait été mariée à un étranger (aujourd’hui décédé) et qu’elle a été l’objet d’une condamnation judiciaire surréaliste.

Le coût immédiat sera lui aussi très lourd : non seulement la NLD ne pourra pas participer aux premières élections organisées depuis vingt ans mais, en outre, le parti deviendra illégal à partir du 7 mai (date limite d’enregistrement), donc clandestin. Selon le nouveau dispositif de censure instauré par la junte, les journaux birmans auront le droit, ce mardi, de signaler que la NLD refuse de s’enregistrer, mais ils n’auront ensuite plus le droit d’évoquer la NLD dans les pages électorales. Un black-out sera imposé aux journaux pour tout parti non enregistré.

Qu’importe, en fait : même les partis dûment enregistrés doivent de toute façon soumettre tous leurs communiqués électoraux à la censure. Et les principaux journaux birmans – même officiels ! – affirment avoir déjà eu des articles censurés car ils évoquaient des « sujets sensibles » liés aux élections… Etouffée médiatiquement, la NLD pourrait disparaître.

Cependant, l’impact de la décision de la NLD dépasse le sort de ce seul parti : c’est toute la crédibilité des élections birmanes qui est ainsi réduite à néant, la NLD ayant remporté 80 % des sièges lors des élections de 1990. Sont aussi réduits à néant les scénarios de passage de pouvoir en douceur entre junte et « démocrature » militaire.

LALLEMAND,ALAIN
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