Un ciel bleu de l’Est à l’Ouest

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Désarmement Le nouveau Traité Start a été signé à Prague

RÉCIT

PRAGUE

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Tout sourire, le président américain Barack Obama et son homologue russe Dmitri Medvedev pénètrent dans le salon espagnol du Château de Prague, avec une bonne demi-heure de retard sur le programme. Après un bref échange d’autocongratulations, les deux hommes apposent leurs signatures sur un épais livre vert, le nouveau traité Start – Strategic Arms Reduction Talks – portant sur la réduction bilatérale des armements stratégiques.

« L’événement est historique », relève Dmitri Medvedev sitôt la cérémonie terminée, louant au passage « la très bonne alchimie personnelle » nouée avec son « collègue président » tout au long d’une année d’éprouvantes négociations. Devant un parterre de diplomates et une forêt de caméras, ce jeudi midi dans la capitale tchèque, Obama et Medvedev savourent l’instant. Assaillis de questions, les chefs d’Etat saluent à l’unisson le « premier pas » sur la voie du désarmement et, en passant, le raffermissement des liens russo-américains distendus par les nombreux désaccords de l’ère Bush-Poutine. « Ces années, les relations entre nos deux pays s’étaient lentement dégradées, confesse le président américain, en présence de sa secrétaire d’Etat Hillary Clinton. Avec ce traité, nous mettons un terme à cette dérive. »

Les plafonds de l’arsenal

Cette « nouvelle page » entre Washington et Moscou s’ouvre sur un succès diplomatique indéniable. Annoncé comme une priorité à son entrée en fonction en janvier 2009 par Barack Obama, le nouveau traité Start vient combler un dangereux vide juridique, après l’expiration le 5 décembre dernier du précédent traité Start, qui datait de 1991. Il fixe un nouveau plafond pour l’arsenal nucléaire des deux grandes puissances : 1.550 ogives déployées et 700 vecteurs opérationnels (lanceurs balistiques et sous-marins), ces chiffres devant être vérifiés par un solide régime d’inspections conjointes, dans les sept ans suivant l’entrée en vigueur du traité.

Mais il laisse prudemment de côté la question des armes nucléaires tactiques, à courte portée, qui devront faire l’objet d’un nouveau traité, autrement plus délicat que Start, du fait de l’infériorité manifeste de la Russie en matière de forces conventionnelles. En outre, il ne concerne que les ogives déployées, au grand dam des promoteurs d’un désarmement plus rapide, et oublie les quelques milliers de têtes nucléaires désactivées toujours stockées.

L’objectif n’était pas là. Compromis atteint dans la douleur, le « nouveau Start » visait tout d’abord à préserver l’intérêt national des anciens « deux Grands » de la guerre froide. A travers le prisme américain, il constitue la première pierre à l’édifice de désarmement et de non-prolifération nucléaire décrit par Barack Obama dans son discours fondateur de Prague en avril 2009. Du côté russe, il rétablit une parité stratégique, mise à mal par l’avance technologique de l’industrie de défense des Etats-Unis.

Pari intérieur

« Le président (Obama) est réaliste, commente George Perkovich, expert à la Fondation Carnegie Endowment for International Peace. Il sait très bien qu’il pourrait encore délivrer dix discours de Prague ou dix autres encore plus visionnaires. Mais s’il ne peut même pas faire ratifier un traité portant réduction des plus modestes de l’arsenal nucléaire, alors à quoi bon ? »

Sans ratification conjointe du Sénat américain et de la Douma russe, pour la fin de l’année, le traité paraphé jeudi restera une coquille vide. Pour faire entrer Start en vigueur, Barack Obama devra rallier les voix de 67 sénateurs. Pour ce faire, « il va lui falloir persuader huit Républicains », précise Leonard Spector, directeur adjoint du Monterey Institute Centre for Nonproliferation Studies, à Washington. C’est désormais une préoccupation majeure » pour l’administration américaine.

Décidés à ne pas sauter les étapes, la Maison-Blanche et le Kremlin préfèrent pour l’instant taire leurs divergences sur le projet américain de bouclier antimissile « allégé » en Europe centrale, considéré par Moscou comme une menace directe. « La priorité, élude Barack Obama, reste la lutte contre le terrorisme et la prolifération nucléaire. » Et en la matière, le péril a un nom : l’Iran, ce que consent son homologue russe. Face à Téhéran, « nous ne pouvons plus rester sans rien faire », lâche Dmitri Medvedev, appelant de ses vœux « des sanctions intelligentes et ciblées ».

PICARD,MAURIN
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