Naissance d’un bébé-miracle

Santé Greffe de tissu ovarien : la Belgique pionnière avec un quatrième enfant

En annonçant en exclusivité, il y a quelques semaines, sa venue prochaine, nous l’avions baptisé Bébé X. Bébé X est un garçon. En pleine forme. Il pèse 2,890 kilos et est né vendredi après-midi aux cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, là même où il y a 5 ans est née Tamara, le premier bébé au monde né d’une greffe de tissu ovarien cryopréservé. Mais si tout Saint-Luc restait aux aguets depuis quelques jours, c’est que Bébé X reste exceptionnel. C’est le quatrième bébé né en Belgique après l’utilisation de cette technique, seulement le treizième dans le monde. Et dans les bras d’une maman extrêmement jeune. Car la maman de Bébé X n’avait que 17 ans quand on lui a diagnostiqué une tumeur orbitaire droite avec lésions, requérant une chimiothérapie avant réimplantation de cellules-souches. « Pour la patiente, c’est évidemment un terrible coup de massue. Pour les parents, la question essentielle est de savoir si leur fille va vivre. Savoir si elle pourra encore être mère un jour si elle gagne le combat contre son cancer n’est pas la première préoccupation », explique le professeur Jacques Donnez, chef du service de gynécologie, andrologie et fertilisation in vitro des cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, qui dirige l’équipe qui a mené à bien cette opération.

« Pourtant, elle est essentielle pour ces jeunes femmes qui, après avoir surmonté la maladie, veulent vivre leur vie complètement. » Avant la mise au point de cette technique, la maternité était impossible pour les patientes dont le traitement, radiothérapie ou chimiothérapie, avait induit une ménopause précoce (ce qui n’est pas le cas de tous les cancers).

Il y a sept ans, avant de traiter la maman de Bébé X, on lui a donc prélevé du tissu ovarien. Comme le montre notre infographie, le gynécologue prélève quelques millimètres cubes de l’ovaire qui vont être coupés en plusieurs morceaux. Qui sont immergés dans un produit qui empêche la formation de cristaux de glace pendant la congélation ; des cristaux qui pourraient abîmer les tissus. Les échantillons sont ensuite placés dans un congélateur où ils sont refroidis très progressivement avant d’être immergés dans de l’azote liquide à moins 196 ºC pour la conservation. La première étape, la cryopréservation, est ainsi terminée.

La seconde étape, la transplantation ovarienne, ne peut avoir lieu qu’après la guérison de la patiente. Les tissus qui ont été congelés vont être décongelés, amenés au bloc opératoire. On va créer des fenêtres au sein de l’ovaire restant ou au sein du péritoine entourant l’ovaire dans lequel on va remettre ces tissus qui ont été décongelés. Ça prendra 4 à 5 mois minimum avant qu’une activité ovarienne soit mise en évidence, ce que l’équipe de l’UCL a réussi dans tous les cas.

Grâce à la survie, dans les tissus cryopréservés, des follicules ovariens, les structures qui contiennent les ovules potentiels, la patiente peut alors devenir enceinte, ce qui est aujourd’hui arrivé dans un tiers des cas. « Songez que nous sommes au début de la technique, souligne le professeur Donnez. Au début de la fécondation in vitro, on enregistrait quelques pour cent de succès. Trente-trois pour cent, ce n’est pas mal. »

Les recherches pour offrir à ces femmes la possibilité de devenir mères sont poursuivies par les trois universités complètes francophones, avec un financement du Télévie-FNRS et de la Fondation contre le cancer. Objectif : diminuer davantage encore les conséquences indésirables du traitement qui leur sauve la vie. Pour qu’elles puissent, elles aussi, la donner.

SOUMOIS,FREDERIC
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