Viktor Orban gouvernera en maître absolu

Hongrie Le second tour des législatives consacre le retour des conservateurs du Fidesz au pouvoir

La principale inconnue de ce second tour des législatives hongroises concernait la marge de manœuvre qu’aurait le Fidesz pour gouverner. Fort des 52 % des suffrages glanés lors d’un premier round le 11 avril, le parti conservateur du très populiste Viktor Orban espérait emporter la majorité des deux tiers ce dimanche. Pari réussi : il disposera de 263 des 386 sièges du Parlement. 44 % des électeurs ont voté.

Les conservateurs n’auront donc pas besoin de s’allier à d’autres partis pour procéder aux réformes constitutionnelles promises. Parmi celles-ci : la modification des lois sur la presse afin de rationaliser le secteur, la réduction du nombre des élus locaux et des députés, ou encore une loi donnant la double nationalité aux trois millions de Hongrois des pays limitrophes.

La majorité des deux tiers évite au Fidesz de se laisser tenter par un rapprochement avec le Jobbik de Gabor Vona, parti d’extrême droite qui fait son entrée au Parlement. Cette éventualité avait été balayée par les conservateurs durant la campagne. Mais le doute subsistait. Le Fidesz avait également rejeté toute alliance avec les socialistes, plombés par une impopularité record après huit années de pouvoir.

La perspective d’un rapprochement avec les ultranationalistes avait soulevé des craintes à Bruxelles. La Hongrie doit présider le Conseil de l’Union européenne à partir du 1er janvier 2011, pour une période de six mois. Or si Viktor Orban ne porte pas l’Europe dans son coeur, le Jobbik foule carrément au pied les valeurs de l’UE en usant d’une rhétorique antisémite et antiroms particulièrement violente.

La question rom est perçue comme le problème majeur de la Hongrie, mais aussi de la région, pour les années à venir. Un discours sécuritaire traverse les villes et les campagnes, et attise les tensions.

Le défi rom

La condition des Roms croisera fatalement les réformes sociales et économiques que s’est promis d’entreprendre Viktor Orban. Le taux de chômage est énorme chez les Tziganes. Or l’emploi est le principal dossier auquel devra s’attaquer le nouveau gouvernement, parallèlement à la lutte contre la baisse du pouvoir d’achat. Ce défi laisse songeur un observateur joint à Budapest pour qui « le Fidesz a basé sa campagne sur l’espoir et le changement. Comment s’y prendra-t-il ? Il n’a pas divulgué de programme durant la campagne ».

Toujours en matière économique et sociale, le nouveau gouvernement devra composer avec une marge de manœuvre réduite. C’est le prix à payer pour l’aide reçue du FMI et de l’UE afin d’éviter la faillite en 2008. Viktor Orban n’en a pas moins promis une baisse des impôts.

Enfin, la minorité hongroise de Slovaquie risque de s’inviter à l’agenda politique. Les lois que lui impose Bratislava pour lutter contre l’usage du hongrois dans la vie publique font grincer des dents. Les Slovaques se préparent eux aussi à aller voter. Le 12 juin. La tentation sera grande pour les extrémistes des deux côtés de la frontière de mettre le feu aux poudres.

MARTIN,PASCAL
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