La Belgique est dans l’impasse

Dix-huit heures trente. Le gouvernement Leterme II a vécu, le Roi vient d’accepter sa démission. Le pays bascule dans la crise. Les francophones, surtout, n’ont pas de mots assez durs pour qualifier la situation : « Chaos, catastrophe, cataclysme »… Va-t-on, dès lors, voter anticipativement début juin ? Les francophones ne perdent pas espoir. L’idée ? Remplacer l’Open VLD, qui ne veut plus jouer le jeu – dès 19 heures, Alexander De Croo plaide d’ailleurs « pour l’organisation rapide d’élections ».

Les possibilités ne sont pas légion : tous les regards (et les coups de fil) vont vers le SP.A (14 sièges à la Chambre), voire Groen (4 sièges). Les partis francophones et le CD&V veulent à tout prix éviter des élections anticipées, politiquement et juridiquement (lire en page 3) très risquées. Caroline Gennez, présidente des socialistes flamands, reviendra-t-elle sur une position qu’elle défend depuis de longs mois : pas question de se porter au secours du gouvernement ! Lundi soir, elle brisait le silence : « Impossible de dépanner une voiture en sinistre total »… Son choix, jusqu’à nouvel ordre, est celui des élections anticipées.

Concrètement, le gouvernement est en affaires courantes. On attend, « des initiatives émanant du chef de l’Etat », précisait, lundi soir, Yves Leterme. Si l’on décidait d’explorer malgré tout, et malgré eux, la piste alternative des socialistes flamands, le Roi devrait désigner un (in)formateur et le charger de former un nouveau gouvernement. En revanche, si la thèse des élections anticipées l’emporte, le gouvernement donnera le signal de la dissolution des Chambres.

Comment en est-on arrivé là alors que, lundi matin, un (demi-)optimisme régnait ? L’explication réside largement au VLD… Dimanche soir, si Didier Reynders est resté si longuement (trois heures vingt) chez le Roi, c’est parce qu’Alexander De Croo tergiversait sur la reprise des négociations. Pour permettre à l’Open VLD de revenir à la table, le président du MR avait imaginé une formule : on reprendrait les discussions « sur la base du travail de Dehaene ». Pour bétonner le délai, on ajoutait qu’on travaillerait « dans les plus brefs délais » ou « sans désemparer ». Et l’on précisait que « le Parlement gardait son propre agenda ».

Les mots étaient soigneusement pesés, ils devaient permettre aux libéraux flamands de revenir à la table. Il semble qu’Alexander De Croo a alors montré une certaine ouverture… Voilà qui justifiait, en tout cas, l’optimisme relatif affiché par Didier Reynders, tant dimanche soir que lundi matin, à l’entame de son bureau, lorsqu’il déclarait que « tous les ingrédients sont rassemblés » pour reprendre les négociations. Marianne Thyssen, en bureau du CD&V, ne disait pas autre chose : la présidente du CD&V semblait croire qu’on pourrait se remettre au travail.

Les choses se corsent vers onze heures trente, à l’issue du bureau de l’Open VLD : les libéraux flamands consentent à revenir à la table mais à une double condition : qu’on ne discute que des « propositions » Dehaene et que l’on respecte « l’ultimatum de jeudi ». « Ce n’est pas raisonnable », lâche Olivier Maingain, président du FDF. La pression monte d’un cran. Yves Leterme, pendant ce temps, part chez le Roi. Lequel, croit-on encore, va le remettre en selle, à tout le moins comme négociateur en chef. L’entretien se prolonge, la conférence des présidents de la Chambre démarre. Avec une première entorse au scénario : Patrick Dewael devait laisser planer le doute sur l’organisation d’une séance plénière dès ce jeudi… Didier Reynders, en effet, prévoyait, comme la semaine dernière, de tirer prétexte des consultations royales pour postposer la séance plénière et éloigner le risque de voir la scission de BHV inscrite à l’ordre du jour. Ce qui laissait une semaine de rabiot aux négociateurs. Las, le président de la Chambre (Open VLD) ne respecte pas cette ligne : il y aura bien une séance plénière jeudi – lire ci-dessous.

Yves Leterme sort de chez le Roi. Le communiqué – qui tombe avec trois heures de retard, officiellement en raison d’un problème technique – n’est pas celui qu’on attend : le Palais se borne à préciser que le Premier ministre a été reçu en audience… On murmure alors qu’une autre suivra…

Les tractations se poursuivent, dans un climat de plus en plus tendu. « Si l’on passe une journée à ramener les gens autour de la table, c’est foutu », lâche un négociateur francophone. « C’est la cata », dit un autre. Un communiqué du Palais précise que Didier Reynders a demandé à être déchargé de sa mission. Peu avant 18 heures, constatant l’impasse, Yves Leterme retourne chez le Roi. Qui accepte la démission du gouvernement. On entre de plain-pied dans la crise. Presque dans la campagne. Haro sur le VLD ! De la part des partis francophones. Et du CD&V, où l’on incrimine la stratégie électoraliste d’Alexander De Croo, mais aussi le double jeu MR-FDF.

Dans le même temps, des élus chrétiens-démocrates flamands de la périphérie bruxelloise s’apprêtent à boycotter un scrutin qui serait organisé sous le régime d’un BHV intact. Nombreux redoutent le chaos politique et juridique. Mis à part le VLD, tout à son cavalier seul et à sa fuite en avant, c’est le sentiment dominant dans les partis de la majorité, et au-delà, chez les verts.

D’aucuns croient même savoir que des parlementaires flamands s’opposeront à la dissolution des Chambres. Le pays ne serait pas loin de devenir complètement ingérable. Les tractations en coulisse se poursuivent pour tenter l’impossible. Les dates du 6 juin et du 13 juin circulent pour d’éventuelles élections anticipées.

COPPI,DAVID,DUBUISSON,MARTINE,LAMQUIN,VERONIQUE
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