« Le grand danger, c’est l’euphorie »

Retour Tia Hellebaut prépare activement sa deuxième carrière

Impossible de le louper sur la piste de Tessenderlo baignée de soleil en cette fin avril… Le mollet droit de Tia Hellebaut est élégamment gainé dans cinq bandes d’élastotape bleu du plus bel effet. Cela n’empêche pas la championne olympique de soulever un peu de fonte, puis d’effectuer des multibonds sur sa jambe valide, qui est aussi – heureusement – sa jambe d’appel. Entre les coups, elle distille les mots d’encouragement à Eline Berings, Hans Van Alphen et Sara Aerts, les trois autres athlètes de son groupe, occupés à faire leurs gammes aux quatre coins du stade.

« Cela s’est passé à Tenerife il y a une bonne semaine, en effectuant un saut, raconte Wim Vandeven, l’entraîneur (et conjoint) de l’Anversoise. L’échographie initiale a révélé une petite déchirure de 0,9 sur 0,3 cm. Pendant deux jours, Tia a même dû se déplacer à l’aide de béquilles. Mais aujourd’hui, cela va beaucoup mieux. On reste prudent, bien sûr, mais, comme vous le voyez, on parvient quand même à faire quelques exercices alternatifs. Au bout du compte, cela devrait coûter une ou deux semaines. Mais comme on était en avance sur le planning prévu, ce n’est pas trop grave. »

Tia Hellebaut, de fait, n’a pas l’air d’être très loin de son poids de forme, une donnée essentielle pour une sauteuse en hauteur. « Perdre les kilos pris durant ma grossesse n’a pas été simple, avoue-t-elle pourtant. Pour y arriver, j’ai supprimé les hydrates de carbone, le soir, et je me suis souvent contentée de soupes… » Mais une fois sa silhouette longiligne retrouvée, tout est allé très vite. « Dès le début, on a vu une progression régulière. Peut-être ais-je finalement plus de talent qu’on ne croit ! »

Sa blessure, premier petit pépin depuis sa décision de reprendre la compétition n’a pas altéré l’enthousiasme de la médaillée d’or de Pékin. « Elle est encore plus motivée qu’avant », insiste Vandeven. Elle n’a pas non plus remis en question la validité de son choix opéré début octobre 2009 et définitivement concrétisé en janvier 2010 après un stage en Afrique du Sud positif et déterminant. « J’ai trouvé le bon équilibre », assure-t-elle aujourd’hui à l’aube de sa deuxième carrière.

Entre sa vie d’avant et sa vie actuelle, une fille, Lotte, qui, à bientôt 11 mois, « prend beaucoup de place ». Et qui l’oblige, du coup, pour lui permettre de mieux récupérer, à s’entraîner un peu moins souvent qu’auparavant, entre 7 et 8 fois par semaine au lieu de 10, mais de manière plus qualitative. « J’assume, ajoute-t-elle. J’essaie d’être là pour elle le plus souvent possible parce que je veux la voir grandir. Et quand je pars à l’entraînement, c’est une nounou (NDLR : la compagne de Hans Van Alphen) qui prend le relais ». Un relais qui prendra de la consistance lorsque Hellebaut retournera en compétition. « Dans un premier temps, en tout cas, je crois que m’y rendrai sans ma fille », affirme-t-elle.

Ce jour, cependant, n’est pas encore arrivé, même si on sent l’impatience grandir chez elle. « Je veux sauter le plus vite possible. Mais on n’a encore rien décidé en termes de programme. En tout état de cause, ce ne sera pas avant le mois de juillet. »

« Il ne faut surtout pas se presser, intervient Wim Vandeven, qui établira son planning à la mi-mai, en revenant de Malaga où elle est (re)partie en stage jusqu’au 12. Ce que nous venons de vivre est une bonne leçon. Nous nous sommes un peu emballés, parce que tout est allé très vite mieux que prévu, mais initialement, je le rappelle, son retour était prévu pour début 2011. Quand nous sommes repartis, nous ne savions pas très bien dans quoi nous nous lancions parce qu’il y avait beaucoup de facteurs que nous ne maîtrisions pas. »

Ni le coach ni son élève ne veulent donc brusquer les choses, l’objectif principal étant de terminer la saison « sans blessure (NDLR : grave), en ayant franchi 1,95 m… ou plus, et en ayant participé à une ou deux chouettes compétitions ». Elle jure, du coup, ne pas (encore) se braquer sur les championnats d’Europe de Barcelone (27 juillet au 1er août) où elle ne se rendra que si elle sent qu’elle est compétitive au plus haut niveau.

« Si l’Euro avait eu lieu au mois d’août, cela aurait sans doute été mieux pour moi. Ici, je crains qu’il tombe un peu tôt. Je ne vais pas remuer ciel et terre pour y aller et y faire de la figuration. Je ne veux pas prendre le moindre risque. Et si je n’y arrive pas, il y aura encore d’autres occasions de briller en fin de saison, au Mémorial Van Damme ou à l’un ou l’autre meeting de la Diamond League. »

Des échéances qui, pour l’instant, suffisent à son bonheur. Même les Jeux de 2012, où elle pourrait devenir la première athlète belge de l’histoire à confirmer son titre olympique sont encore trop loin pour elle.

« Pour l’instant, l’or à Londres est une utopie. Avant ça, il y aura d’autres étapes que je ne veux pas louper. Le plus grand danger serait de verser dans l’euphorie. »

VANDE WEYER,PHILIPPE
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