« Rafa » est venu rechercher les clefs de sa maison

paris

de notre envoyé spécial

Il avait une fois de plus anticipé à merveille le coup de Robin Söderling. Et se préparait à y répondre en galopant déjà de l’autre côté du terrain. Puis, quand il vit mourir le revers du Suédois dans le filet, il acheva sa course dans une longue glissade et termina sur le dos, les deux bras levés. Dimanche, au bout d’un duel à sens unique conclu en trois sets (6-4, 6-2, 6-4) et 2h18, dont il avait pris d’emblée la direction, Rafael Nadal – qui n’a pas concédé un seul set sur l’ensemble de la quinzaine parisienne – a repris les clefs de son jardin à celui qui l’en avait indirectement privé l’an dernier.

Comme la veille avec Francesca Schiavone dans la finale féminine, c’est le joueur qui en avait le plus envie qui a remporté le tournoi. « Cette victoire, je la voulais par-dessus tout ! », admettra le Majorquin, désormais à une longueur du « roi Borg » à la Porte d’Auteuil, et qui du haut de ses 24 ans fêtés il y 3 jours à peine, redeviendra nº1 mondial ce lundi, au détriment de Roger Federer… éliminé en quart de finale par Robin Söderling.

Avant d’affronter, avec le même succès que les précédentes, sa 5e finale des Internationaux de France en six ans, Rafael Nadal avait pourtant clamé sans relâche : « Je n’ai aucun esprit de revanche avant de rencontrer Robin. Tout ce que je veux faire, c’est jouer mon meilleur tennis et ainsi tenter de le battre, ce que je n’avais pas réussi à faire face à lui l’en dernier », avait dit en substance celui qui vient d’aligner 22 succès de rang, en devenant par la même occasion le premier joueur de l’histoire à s’imposer la même année dans les trois Masters 1000 sur terre (Monte-Carlo, Rome et Madrid) avant Roland Garros.

Pourtant, si ce n’est un esprit de revanche, on se demande bien où le sympathique Espagnol – à nouveau très largement soutenu par le public parisien toujours aussi versatile – puisa une telle envie pour prendre à ce point l’ascendant sur un rival particulièrement éteint et rendu si peu créatif par le jeu à la fois varié et puissant de son adversaire. « Chaque match est différent et la marge est parfois très étroite. Mais ce n’était pas le cas aujourd’hui car je n’ai pas aussi bien joué que l’an dernier, au niveau du service notamment. Je ne suis pas vraiment entré dans le match car Rafa n’a pas raté grand chose non plus. S’il continue à jouer comme ça, je pense en tout cas qu’il va rester nº1 mondial très longtemps… », admit Robin Söderling, qui ne parvint notamment pas à convertir une seule des huit balles de break qu’il s’était ménagées en misant sur un jeu très offensif mais très peu varié et surtout miné par de trop nombreuses fautes directes : 45 au total pour Söderling, contre 16 seulement à mettre au débit de Nadal, auteur de quelques passing-shots qui eurent le don d’enflammer un stade finalement épargné par la pluie un moment menaçante. Mais le Suédois était plus résigné que véritablement déçu devant la détermination du roi de la Porte d’Auteuil qui, pour venir rechercher ainsi les clefs de son jardin, admit « avoir

joué à mon meilleur niveau, et sans doute disputé aujourd’hui mon meilleur match de la quinzaine ! »

Ce lundi après-midi, Rafael Nadal s’entraînera déjà sur la gazon du Queen’s, en guise de préparation à Wimbledon qui débutera dans deux semaines déjà. Roger Federer sera notamment là pour l’accueillir. Animé d’un esprit de revanche ?

Nadal : « Cette victoire, je la voulais ! »

entretien

Certes très heureux et encore visiblement ému par son cinquième succès parisien, Rafael Nadal ne s’apprêtait cependant pas à célébrer sa victoire de façon très spectaculaire, dimanche soir. « Quand je vous aurai dit que je serai en train de m’entraîner au Queen’s demain après-midi, vous aurez compris que je ne ferai pas grand-chose ce soir !, » dit-il dans un large sourire.

Vous étiez très ému après votre victoire ?

Oui, en effet. Cette victoire est très importante pour moi, peut-être même l’une des plus importantes de ma carrière. L’année dernière a été difficile, et j’ai beaucoup travaillé pour être ici. J’étais très nerveux, plus que d’habitude, car je voyais une possibilité de gagner à nouveau. Mais j’ai bien joué.

Redevenir nº1, c’est aussi important pour vous ?

Pour moi, le plus important, c’était de gagner Roland Garros. Gagner Wimbledon ou l’US Open le sera également. Etre nº1, c’est bien, mais croyez-moi, c’est la dernière chose à laquelle j’ai pensé en pleurant dans ma serviette.

Ce trophée était le vôtre depuis 2005. Est-ce pour cela que vous vouliez tant le reconquérir ? Vous n’avez par exemple concédé aucun point de break !

Mais je me suis battu sur tous les points ! Vous qui aimez les statistiques, vous verrez que je suis souvent celui qui concède le moins de points de break (rires).

Vous défendez généralement très bien, mais cette fois, c’est même vous qui faisiez le jeu ?

Robin est un gars très difficile à jouer. Il a un gros service, des coups très longs, bref il est très difficile à contrôler. Aujourd’hui, je me sentais bien physiquement, et je suis très heureux de la manière dont j’ai joué. Je crois d’ailleurs que ce fut mon meilleur match dans ce tournoi. L’an dernier, j’étais arrivé mal préparé ici. Et j’étais reparti avec le moral dans les talons. C’est sans doute le tournoi que j’avais le plus envie de gagner !

Pourquoi dire que cette victoire est la plus importante ?

J’ai dit que c’était un des plus importants ! (rires) Et ça l’est car elle ponctue une année difficile. J’ai eu du mal à accepter les blessures et tout le reste. Vous savez, c’est très frustrant de se blesser aux abdos une semaine avant l’US Open, ou de quitter l’Australian Open en quart de finale à cause de vos genoux. Ce sont des moments très difficiles à accepter et c’est pour ça que j’étais si heureux de gagner.

Parce que cela vient récompenser tout le travail passé ?

Oui, en quelque sorte. Quand vous gagnez, vous pensez aux heures passées à travailler pour y arriver. N’oubliez pas que j’ai passé 11 mois sans gagner ! Ce ne sont pas des moments faciles à accepter. Le plus important était de revenir à mon meilleur niveau.

Avez-vous douté y revenir ?

Bien sûr ! Tout le monde a des doutes. Je ne suis pas une exception, croyez-moi !

Vous estimez-vous comme le roi de la terre ?

Non. Tout comme je n’ai jamais imaginé gagner 5 fois ici ou à Monte-Carlo ou Rome, ou 6 fois à Barcelone. C’est plus qu’un rêve, ces chiffres sont incroyables. Mais je ne veux pas devenir arrogant en disant que je suis le plus grand de l’histoire. Je ne me considère pas comme tel. Je fais de mon mieux, et on verra où se terminera ma carrière.

Que viserez-vous à Wimbledon ?

Je pense que j’y serai très bien, mais de grâce, laissez-moi d’abord profiter de ma victoire ici ! Je viens de réaliser un rêve. Demain après-midi, quand je commencerai à m’entraîner au Queen’s, alors j’y penserai.

Vous avez autant de titres que des joueurs comme McEnroe et Wilander. Vous vous considérez aussi prestigieux qu’eux ?

C’est quoi un grand joueur ? Moi, tout ce que je veux, c’est jouer mon meilleur tennis. Et tant que je peux le jouer, je continuerai à faire évoluer ces chiffres, mais je n’y prêterai pas davantage attention.

WILMOTTE,THIERRY
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