L’injustice après la mort à Bhopal

Inde Premières et légères peines

New Delhi

De notre correspondante

La colère agitait lundi la foule massée devant le tribunal de Bhopal, dans l’Etat du Madhya Pradesh. La justice indienne venait de prononcer les premières condamnations face au pire désastre de l’histoire industrielle, survenu dans cette même ville, vingt-cinq ans plus tôt. Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, un gaz toxique s’était échappé d’une usine de pesticides de la firme américaine Union Carbide. Les ruelles se transformèrent en un piège mortel, tuant 3.500 personnes et plus de 20.000 autres par contamination ultérieure.

Un quart de siècle après, le verdict condamne huit anciens cadres supérieurs de la branche indienne d’Union Carbide à une peine de deux ans de prison. Les prévenus, tous Indiens, sont aujourd’hui des hommes âgés et l’un d’entre eux est déjà décédé. Dans leurs rangs figure Keshub Mahindra, 85 ans, actuel président du constructeur automobile Mahindra & Mahindra. Ces anciens responsables sont coupables de « mort par négligence » et redevable d’une amende de 2.100 dollars. Le verdict pourra être contesté en appel mais incarne, à ce jour, les seules condamnations liées à l’affaire.

La légèreté des peines a choqué les défenseurs des victimes. « Le pire désastre industriel en est réduit à un simple accident de la circulation », s’est indigné l’activiste Satinath Sarangi, rappelant que la « mort par négligence » est une prévention souvent retenue lors de simples accidents routiers.

La tragédie continue

Car de désastre industriel, le drame de Bhopal a pris les allures d’un désastre judiciaire. Les responsables de l’usine avaient été initialement accusés d’homicide, atténué en 1996 en « mort par négligence ». Des enquêtes ont pourtant démontré que les normes de sécurité de l’usine avaient été compromises pour réduire les coûts. Pour les indemnisations, Union Carbide a également bénéficié d’un scénario favorable, avec une condamnation réduite en 1989 à 470 millions de dollars. Dix ans plus tard, le géant américain Dow Chemical a racheté Union Carbide et avance que les responsabilités ont été soldées avec ces indemnisations.

Enfin, le nom de l’accusé principal n’a même pas été prononcé lundi lors du verdict. Il s’agit de l’américain Warren Anderson, âgé de près de 90 ans et directeur d’Union Carbide jusqu’en 1986. Ce dernier a toujours refusé de se présenter devant les tribunaux indiens qui l’ont déclaré « en fuite ». Des organisations impliquées dans la défense des victimes assurent l’avoir localisé à New York.

A Bhopal, la tragédie continue. Plus de 100.000 personnes sont victimes de maladies chroniques. Des enfants souffrent de malformations. Les nappes phréatiques auraient été contaminées. Et le site abandonné de l’usine n’a toujours pas été assaini.

DOUGNAC,VANESSA
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