Avec Jérôme Kerviel, un système en procès

Finance Le trader assure que « tout le monde savait »

PARIS

De notre envoyée permanente

Ce week-end, il s’est mis au vert dans la maison de campagne de son avocat, Me Olivier Metzner. Pour peaufiner sa ligne de défense, bien sûr. Mais aussi, se tenir à l’écart de la pression. Son procès, qui s’ouvre ce mardi après-midi devant le tribunal correctionnel de Paris, sera suivi dans le monde entier. Deux cents journalistes sont accrédités ! Renvoyé pour faux et usage de faux, abus de confiance et introduction dans un système informatique de données, Jérôme Kerviel est l’homme qui a fait perdre 5 milliards d’euros à la Société générale. Autant dire qu’il passe, en pleine crise économique, pour un symbole des dérives du capitalisme financier. Un costume trop grand pour lui ?

Durant trois semaines, les juges vont chercher à comprendre comment le jeune trader a pu prendre des risques inconsidérés sur les marchés. Amené à juger un homme, le tribunal devra forcément instruire aussi le procès d’un système. « Tant que je gagnais, on me laissait faire », martèle celui qui prétend n’avoir jamais eu d’autre but que de faire au mieux son métier. Les chiffres donnent le vertige. Au total, Jérôme Kerviel a engagé jusqu’à 800 milliards d’euros sur des positions litigieuses. Deux fois et demie le budget de la France ! Il couvrait ses opérations par des contreparties fictives. Dans un livre paru il y a un mois, L’engrenage ou les mémoires d’un trader (éd. Flammarion), Jérôme Kerviel se comparait déjà à une « gagneuse », ces femmes que les proxénètes félicitent quand leur journée a été fructueuse. Il n’avait jamais cherché l’enrichissement personnel, non. D’ailleurs, l’appartement qu’il louait à Neuilly était un deux-pièces meublé chez Ikea, écrivait-il. Il mettait plutôt en cause l’hypocrisie de la banque. « Pour ne pas voir ce que je faisais, il fallait être aveugle ! »

Sa défense a cité plus de trente témoins pour appuyer la thèse du trader trop zélé, broyé par la machine à fabriquer de l’argent. Mais la Société générale, partie civile, n’a pas du tout l’intention de se laisser entraîner dans ce scénario. Une fable, selon ses avocats, pour qui la défaillance des contrôles a bon dos. Leur argument : ce n’est pas parce qu’un propriétaire laisse ses fenêtres ouvertes que les voleurs ont le droit de cambrioler ! L’image de la banque caricaturée en casino insensé ne plaît pas davantage. « La Société générale emploie 1.300 traders. Chacun est censé rapporter quelques milliers ou quelques dizaines de milliers d’euros par jour. Ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières », explique Jean Veil, l’un des avocats de la Générale. Et de démentir l’idée que la banque ait pu couvrir son trader. « En 2007, déjà, il apparaît qu’il avait fait perdre 2 milliards d’euros. Deux mois plus tard, les compteurs avaient été miraculeusement remis à zéro par un retournement du marché. Aurait-on laissé faire si on avait eu connaissance d’un tel risque ? » balaie-t-il.

Jérôme Kerviel risque jusqu’à cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende.

Chronologie

Janvier 2008

La Société générale révèle une fraude gigantesque sur le marché des produits dérivés. Un trou de 4,9 milliards d’euros ! La plus grosse perte de l’histoire du

trading.

Février 2008

Jérôme Kerviel est écroué. Il est accusé d’avoir dissimulé des positions litigieuses astronomiques par un montage complexe de transactions fictives.

Mars 2008

Kerviel est remis en liberté après cinq semaines de détention.

Juillet 2008

La Commission bancaire inflige

un blâme à la Société générale pour des défaillances du contrôle interne.

Avril 2009

Daniel Bouton, président de la banque, démissionne sous la pression dont il se dit victime.

Mai 2009

Frédéric Oudéa est nommé nouveau PDG de la SocGen.

MESKENS,JOELLE
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