Libéraux et travaillistes se partagent le butin de la crise

Pays-Bas Les législatives anticipées ont livré un verdict inattendu

AMSTERDAM

DE NOTRE CORRESPONDANT

C’est une élection dans un mouchoir de poche qui s’est tenue hier aux Pays-Bas. Les libéraux du VVD étaient à parfaite égalité avec les travaillistes du PvdA ce jeudi, à une heure du matin. Les deux partis étaient crédités chacun de 31 sièges – sur un total de 150 que compte la Chambre basse.

Cette surprise devait toutefois être prise avec des pincettes, ces résultats reposant sur des projections établies d’après le dépouillement de 35% des votes.

Les libéraux néerlandais n’ont donc pas connu la victoire franche et nette annoncée. Rattrapés dans les heures précédant la fermeture du scrutin, ils sont probablement condamnés à partager le pouvoir avec les travaillistes.

Si elle se confirme, l’arrivée des libéraux au pouvoir augure d’un virage à droite pour les Pays-Bas.

Les mesures de rigueur que leur leader Mark Rutte a déclinées pendant la campagne ont fait mouche au sein d’un électorat comprenant nombre d’entrepreneurs et de petits commerçants.

En perte de vitesse ces derniers mois, les travaillistes ont opéré une remontée spectaculaire. Ils sont incontournables pour former une coalition. Le PvdA avait joué son va-tout en propulsant le maire d’Amsterdam Job Cohen à leur tête deux mois et demi avant le scrutin. Expérimenté et ouvert d’esprit, ce politicien de 62 ans s’est fait le chantre de l’intégration en instaurant un dialogue entre toutes les communautés d’Amsterdam.

Les populistes à la fête

Autre avancée remarquable : celle des populistes du PVV qui pourraient occuper 23 sièges à la chambre, contre 9 aujourd’hui. Même si ce parti aux idées islamophobes a peu de chances d’être invité à participer à une coalition. Interrogé sur ses préférences, le libéral Mark Rutte avait toutefois répété lors du dernier débat télévisé mardi soir « n’exclure aucun parti ». Wilders avait lui souligné qu’il « se verrait bien vice-Premier ministre ». Hier, il a qualifié son score de « grandiose ».

Cinglant est en revanche le camouflet essuyé par le Premier ministre sortant dont le parti perd 20 sièges à la chambre. A 54 ans, le chrétien-démocrate Jan Peter Balkenende briguait son cinquième mandat, sans avoir réussi à mener à leur terme ses quatre cabinets précédents. « Quand quelqu’un envoie quatre voitures dans le fossé, on ne lui en confie pas une cinquième », analyse André Krouwel, politicologue à l’université d’Amsterdam.

De fait, l’avenir politique de Jan Peter Balkenende semble bouché. Hier, il a renoncé à diriger le parti chrétien-démocrate et à siéger à la Chambre basse.

En dépit des larges plages d’ouverture des 10 000 bureaux de vote, ces législatives anticipées n’ont pas passionné les foules. Avec 49 %, la participation s’est avérée inférieure à 2006.

La formation de la prochaine coalition sera exaltante. L’alliance entre Mark Rutte, jeune loup de la politique, et Job Cohen, surnommé le « Sphinx » ou le « crocodile », relève presque du mariage de la carpe et du lapin.

En matière de réduction des dépenses publiques, le VVD veut économiser deux fois plus que le PvdA. Les libéraux entendent aussi ramener le déficit public à zéro dès 2015.

A la première lecture des résultats, les observateurs anticipaient hier une coalition plus colorée à gauche par le jeu des accords. Outre l’arrivée des travaillistes du PvdA, les démocrates du D66 du centre gauche (10 sièges) apparaissent bien placés pour former le troisième maillon de cette alliance.

Mais il faudra un quatrième parti pour faire le poids et atteindre la majorité des 76 sièges à la chambre. Le retour d’une coalition « violette » avec les Verts (Groenlinks avec 9 sièges) et/ou l’Union chrétienne (5 sièges), est aussi une solution.

Dans tous les cas de figure, une chose paraît certaine : les partis de gauche réunis ne seront en mesure de prendre le pouvoir à eux seuls.

BURG,DIDIER
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