Sigmar Polke, l’alchimiste de l’art

Arts plastiques Décès du peintre et photographe allemand conceptuel

Considéré comme l’un des peintres allemands contemporains majeurs, Sigmar Polke était surnommé « l’alchimiste de l’art ». Il est mort vendredi à Cologne, à l’âge de 69 ans, des suites d’un cancer.

Comme Baselitz ou Lüpertz, il a été à l’origine d’un pop art européen. Fascination pour l’image de masse, la manipulation des matériaux, révélation des dessous du travail artistique, impulsion figurative font de lui un des « jeunes sauvages » à la mode dans les années 1980. Il n’a pas attendu ce prétendu retour orchestré de la peinture, pour se saisir de ce médium, comme instrument à la fois critique et – chez lui comme chez Gerhard Richter – générateur de modernité. Néanmoins, le peintre iconoclaste de la laideur n’est guère en vogue dans les salles de ventes qui préféraient jusqu’il y a peu le « bling bling » de Jeff Koons…

Transfuge polonais, né en Silésie le 13 février 1941, Polke a fui la Thuringe en 1945 pour Berlin, avant de s’installer à Düsseldorf en 1953 où il aura comme professeur Joseph Beuys et deviendra un proche de Fluxus. Inévitablement, il a traité des déchirements de l’histoire.

Son style ? Sans complaisance. Sa pratique picturale porte sur l’aléatoire. Elle dénonce les idéologies politiques et artistiques, déjoue les catégories et entremêle sciemment figuration et abstraction. Polke a notamment présenté Miradors (1984-1988), des images des camps d’extermination nazis avec une froideur qui n’interdisait pas une certaine séduction : d’où l’ambiguïté manifeste d’œuvres qui ouvrent sur une conscience douloureuse de la mort. « La peinture est une ignominie », déclarait-il, n’hésitant pas à intégrer des poisons, comme le curare, à ses pigments. L’histoire devait nécessairement rentrer dans le répertoire de l’artiste qui voit grand et même gigantesque. Peintre, graphiste, photographe, il se définissait comme « un observateur critique, ironique, également à l’égard de lui-même, de l’après-guerre ».

En 1963, alors qu’il est étudiant à l’Académie des arts de Düsseldorf, il fonde un courant artistique appelé « réalisme capitalisme », un anti-style du courant « réalisme socialiste », doctrine de l’art officiel dans les pays de l’ancien bloc soviétique. Il produisait des motifs simples mais de très grande taille, dessinés avec un stylo à bille sur du papier de qualité médiocre, moquant les promesses illusoires de la société de consommation et des loisirs.

Dans les années 70, Polke inclut dans son travail des éléments issus de la photographie, notamment après un voyage en 1974 au Pakistan et en Afghanistan. Il étend son expérimentation à la technique de développement, utilisant des produits photochimiques qui changent selon la lumière et la température.

L’artiste a reçu de nombreuses distinctions, dont le Lion d’or de la 42e Biennale de Venise, en 1986. L’une des dernières rétrospectives eut lieu au musée Frieder Burda de Baden-Baden, en 2007. En 2009, le Ludwig Museum de Cologne le présentait comme l’un des plus grands explorateurs actuels de la peinture, cette « immense ignominie » qu’il décape et malmène pour en dévoiler la face cachée, entre simulacres et subterfuges.

LEGRAND,DOMINIQUE
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