« Lost » : la dernière cène

lost1.jpg
Télévision Le tout dernier épisode est diffusé ce vendredi sur RTL

Adieu Jack, Kate, Hurley, Sawyer, Charlie, Benjamin, Locke, Desmond, Jacob, Sun et Jin, Sayid, Juliet et tous les autres (et les Autres) : après six saisons et plus de 120 épisodes, Lost, les disparus tire ce soir sa révérence chez nous, sur RTL-TVI, après avoir disparu des écrans américains le 23 mai. Un départ exceptionnel, avec un double épisode final qui, aux Etats-Unis, s’est étalé sur deux heures trente en raison des écrans publicitaires, chaque spot étant vendu aux annonceurs pour près d’un million de dollars.

Démesure ? En tout cas à la mesure de ce que représente la série. Il y en a peu qui combinent autant de paris que celle-là.

D’abord, la série feuilletonne sur la durée : non pas une, deux ou trois saisons mais six, en sachant que, contrairement à d’autres, louper un seul épisode fait perdre le fil, rater des indices importants, des infos sur les personnages qui, un jour ou l’autre, seront essentielles pour comprendre une intrigue terriblement dense et touffue.

ABC a aussi eu l’audace, assez rare pour un grand network, de miser sur un casting réellement multiethnique, avec des Blancs, des Noirs, des Hispaniques et des Asiatiques dans des proportions inhabituelles – le réseau a même accepté que l’épisode introductif de Sun et Jin soit à 50 % tourné et diffusé en coréen avec des sous-titres anglais, une hérésie pour un public américain.

Lost est aussi exceptionnelle à d’autres titres. De mémoire de chroniqueuse télé, jamais on n’a vu une série qui bouscule autant les codes de la fiction sur petit écran. 24 Heures chrono, disparue elle aussi cette année, avait introduit la notion de « temps réel » et le splitscreen ; Lost a osé utiliser le flash-forward (le bond dans le futur auquel bien d’autres séries ont aujourd’hui recours) et a secoué tout le monde avec ses sauts incessants dans le temps. Il y a aussi peu de séries qui présentent autant de références littéraires (notamment à Sa majesté des mouches, de l’écrivain anglais William Golding) et philosophiques (Locke, Rousseau, Bentham). Et, c’est sans doute lié, peu de séries qui ont suscité autant de commentaires et d’interprétations en sens divers, passionnés, acharnés, parfois jusqu’à l’insulte, sur les blogs et les sites spécialisés – des centaines de pages de billets.

L’investissement financier ne fut pas anodin, lui non plus. A lui seul, le double épisode pilote a coûté près de dix millions de dollars, ce qui en fait l’un des plus chers de toute l’histoire de la télévision. Rien que le transport des débris de l’avion sur les lieux du tournage à Hawaii a coûté quelque 250.000 dollars. Hawaii qui doit se demander comment elle va survivre sans Lost : entre 2006 et 2009, la série a dépensé pas moins de 228 millions de dollars sur l’île, embauché en moyenne 973 personnes par an, à 90 % hawaïennes, et fait travailler environ 700 entreprises locales.

Encore un indice du phénomène : le célèbre Previously on Lost (précédemment dans Lost) a été pris pour nom par un groupe de rock new-yorkais qui a résumé la saison 4 en chansons.

Certes les audiences se sont érodées au fil du temps : aux Etats-Unis, de plus de seize millions de téléspectateurs en moyenne pour la première saison à moins de 10 millions pour la dernière. Même dégringolade chez nous. La faute à une intrigue dense et un processus narratif ne tolérant aucun oubli… Mais aussi à la programmation désordonnée des chaînes, qui ont modifié les heures, et parfois même les jours, de diffusion. Mais un noyau des fidèles (ils ont même un nom, les « losties ») n’a jamais déserté. Et pour les losties, la fin de Lost laisse un grand vide.

GORISSEN,AGNES
Cette entrée a été publiée dans Médias, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.