L’informateur pas comme les autres

Nommé jeudi par le Roi, Bart De Wever entamera sa mission d’information – ouvrir la voie pour la formation d’un gouvernement fédéral – lundi. Il veut aller vite. Mais il avait besoin d’un long week-end pour s’installer dans la fonction. Bart De Wever n’est pas un informateur comme les autres.


1.Un nationaliste flamand nommé informateur, c’est du jamais-vu

Jusqu’ici, jamais un séparatiste républicain n’avait été nommé par un Roi des Belges à une quelconque mission. Il est même arrivé par à Baudouin de refuser un ministre Volksunie proposé par un Premier ministre en devenir : en 1977, Baudouin n’a pas voulu confier l’important portefeuille de la Justice à Franz Baert sous prétexte qu’il était VU…

Cette fois, Albert II n’a pas eu le choix : le résultat électoral imposait Bart De Wever à une fonction importante. En l’occurrence informateur, destiné à céder le relais au formateur Elio Di Rupo dans deux ou trois semaines si tout va bien. C’est apparemment le seul scénario qui circule, pour l’instant, de la rue de la Loi à Laeken…

2. Bart De Wever n’a pas (encore) de staff Passer de 8 à 27 députés montre assez l’ampleur de la victoire N-VA de dimanche dernier. Elle montre aussi le bond quantitatif que le parti doit réaliser pour disposer d’un staff à la hauteur de son nouveau poids politique… C’est peu dire que la N-VA ne dispose pas d’une « machine de guerre » comme le PS ou le CD&V, habitués à occuper les rouages de l’Etat, comme à négocier la formation de gouvernements.

Résultat : au moment où le parti de Bart De Wever s’apprête à codiriger le pays, il ne dispose pas de tous moyens humains pour ce faire. Vendredi, samedi, et dimanche, le président nationaliste doit donc, aussi, former ses équipes, recruter des spécialistes des différentes matières qui seront d’emblée sur la table de négociations gouvernementales, trouver les experts sur lesquels il pourra se reposer. « Ça recrute ferme ! », nous glisse-t-on.

Son porte-parole, Jeroen Overmeer, ne s’étend pas sur ce point mais explique que Bart De Wever « prépare sa mission, la liste des personnes à inviter… ».

Ce week-end, il n’aura donc que des contacts informels. Lundi débuteront les rendez-vous officiels. Et l’informateur atypique entend respecter le protocole, en recevant d’abord les présidents de la Chambre et du Sénat, le Premier ministre et le gouverneur de la Banque nationale.

Ensuite, d’autres interlocuteurs suivront, mais « Bart De Wever ne rendra pas sa liste publique. Il veut agir dans la discrétion. Il ne fera d’ailleurs pas de déclarations ni de show médiatique ».

Mais ses entrevues ayant lieu à la présidence de la Chambre, 10, rue de la Loi, il n’empêchera toutefois pas la presse de voir qui entre et sort de son bureau… Quant au contenu, Bart De Wever a déjà dit qu’il se concentrerait sur trois axes : les problèmes financiers, les réformes institutionnelles et le socio-économique.

3. Il doit préparer le terrain pour son meilleur ennemi

Cela aussi rend sa mission d’information atypique. Un responsable politique s’est-il jamais donné pour objectif d’aplanir la route pour celui qui, sur l’échiquier « national », est a priori le plus éloigné de lui, en tout cas si l’on s’en tient aux « programmes » ? Pensez : un socialiste… francophone… wallon…

Ce paradoxe n’est cependant qu’apparent : on voit bien que la Belgique est à un « tournant » (et cette fois, c’est vrai), que son existence même est en jeu, et que ce scénario extrême « nécessitait » que les protagonistes principaux de la négociation à venir (un peu celle de la dernière chance) soient ceux-là, au nord et au sud.

4. Une mission historique… s’il réussit

On revient à notre point 3 : la négociation de la dernière chance pour le pays. Quelle alternative en cas d’échec ? D’où la mission d’information « historique », celle qui doit permettre ensuite à un « formateur » de réunir les pièces du puzzle ainsi qu’une équipe gouvernementale pour ce qui serait une législature là encore « historique », celle d’une percée dans le domaine institutionnel (une forme de « confédéralisation » du pays), partant d’une stabilisation de l’Etat – c’est le pari.

5. La mise en garde d’Herman Van Rompuy

Comme si cela ne suffisait pas, Herman van Rompuy, président de l’Union européenne, a mis en garde vendredi soir, dans un entretien à la VRT, la télévision flamande, comme il l’avait fait déjà récemment : il faut agir vite, soutient l’ancien Premier CD&V, l’Europe nous regarde, mais aussi, dit-il, les marchés financiers. Si les négociations devaient s’éterniser, cela serait interprété immanquablement comme un mauvais signal, et la Belgique pourrait alors devenir la cible des « raiders » en tous genres – bien connus, la Grèce en sait quelque chose…

COPPI,DAVID,DUBUISSON,MARTINE
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