Politique La présidente du CD&V démissionne après une défaite historique

Thyssen assume l’échec de tout un parti

Marianne Thyssen, dix jours après le naufrage électoral, a démissionné de la présidence du CD&V. Usée par deux ans passés à la tête d’un parti qui a connu les démissions de Leterme, la fin du cartel avec la N-VA, les infructueuses négociations communautaires et, enfin, la Berezina, le soir du 13 juin : « J’ai longuement réfléchi avant de décider de transmettre le flambeau à Wouter Beke. Personne ne m’a invitée à démissionner mais personne n’a pu me convaincre non plus de ne pas le faire. » Outre la défaite historique du parti, quelles sont les explications de sa démission ?

La raison personnelle. Beaucoup avancent cet élément. Comme le politologue anversois Dave Sinardet : « Elle n’avait pas une ambition énorme pour le job ; elle se plaisait au Parlement européen. Elle a accepté d’être présidente puis figure de proue de la campagne mais aurait autant aimé ne pas le faire. Elle ne s’accroche donc pas au poste, puisqu’il fallait un signal après la défaite historique et qu’il lui était difficile de rester présidente avec toute la légitimité. Elle était le visage de la défaite. On ne l’a pas poussée vers la sortie mais on ne l’a pas soutenue non plus. » Un CD&V ajoute : « Elle en a assez. Elle a été poussée dans un rôle qui n’était pas le sien et continuer à mener une barque si détériorée n’est plus possible. »

Une campagne défensive. Dès le lendemain du scrutin, les CD&V les plus radicaux lui ont reproché de ne pas avoir mené une campagne assez flamande, ce qui allait à l’encontre de l’air du temps en Flandre. « C’était la lame de fond de la campagne électorale. On l’a ratée », enrage Tony Van Parijs, ex-ministre de la Justice. Marianne Thyssen a préféré insister sur le caractère responsable de son parti, sa capacité au dialogue et à nouer des compromis. Pour l’aile flamingante du parti, proche de la N-VA, c’était une erreur. Plus largement, le slogan du parti « Ne jamais abandonner » est jugé défensif, sinon défaitiste. Mais comment lancer de nouvelles promesses, après avoir tout promis en 2007 et rien obtenu ? Elle a préféré jouer la carte de la crédibilité. Honorable mais pas payant.

Le drôle de jeu de Leterme. Certains CD&V épinglent la lourde responsabilité du Premier sortant dans la débâcle. Eric Van Rompuy ne mâche pas ses mots : « Cette démission est injuste. Marianne a fait tout ce qu’elle a pu. Il y a une responsabilité collective. Un Premier ministre qui perd les élections est coresponsable de la défaite. » Le frère du président du Conseil européen est loin d’être seul à montrer Leterme du doigt. Au sein du CD&V, on apprécie peu sa volonté de s’accrocher au pouvoir et de jouer cavalier seul.

Le manque de jeu collectif. En fait, c’est l’ensemble des ténors du CD&V qui l’ont laissée seule. Le ministre-président flamand Peeters s’est volontairement montré discret, pour ne pas entacher sa légitimité. Et les ministres fédéraux n’ont guère mené de campagne brillante. « Elle était seule à devoir défendre la politique des trois dernières années, alors que le reste du parti faisait comme s’il n’était pas au gouvernement et que la N-VA, également responsable du blocage, attaquait le CD&V, analyse Dave Sinardet. Et Yves Leterme menait sa campagne personnelle, faisant planer le doute sur le leadership de Marianne Thyssen. »

Politique La présidente du CD&V démissionne après une défaite historique
Thyssen assume l’échec de tout un parti cadeau empoisonné

Le 28 avril dernier,

le Premier ministre sortant Leterme annonce qu’il offre la tête de liste CD&V au Sénat à Marianne Thyssen. Elle devient du même coup la nouvelle figure de proue des démocrates-chrétiens flamands. L’homme aux 800.000 voix préfère livrer la bataille électorale sur ses terres de Flandre-Occidentale. Il prend la main de Marianne et la tend vers le ciel. Ce jour-là, certains n’hésitent pas à parier qu’elle deviendra au soir du 13 juin la première femme à accéder en Belgique au poste de chef de gouvernement. Elle n’avait pourtant rien demandé : ni la présidence du parti en mai 2008, après la remise à flot du gouvernement Leterme par Guy Verhofstadt, ni la première place au Sénat. Elle l’a fait, dit-elle, dans l’intérêt du parti et de ses militants. « Je me suis investie à fond pendant ces deux ans et j’y ai laissé beaucoup de forces. Il est préférable, après notre défaite électorale, de transmettre le flambeau à quelqu’un qui pourra se donner à 100 %. »

Un peu de noblesse…

Et Marianne Thyssen de se retirer sur la pointe des pieds, après avoir accompli son austère devoir. Allergique à l’esbroufe et au plan de carrière, elle s’était fait apprécier sur la scène intérieure pour sa connaissance des dossiers, son sens de l’écoute, son respect de l’adversaire et sa volonté de réintroduire un peu de noblesse en politique. « Il faut en finir avec la culture des chuchotements, des méchancetés et du dénigrement de l’autre. S’il vous plaît, moins d’ego mais plus de contenu et plus de respect », avait-elle lâché lors de son discours d’investiture à la présidence. Elle va désormais retourner à son biotope naturel, celui des institutions européennes. Elle y avait été élue à la vice-présidence des 277 élus du PPE. Quelques minutes après sa démission, Bart De Wever paradait, non loin du siège du CD&V, aux côtés de Barroso. Yves Leterme avait quitté le parti quelques minutes plus tôt. Ces deux-là auront, chacun à sa manière, participé à la mise à mort d’une présidente.

Les noms qui circulent pour la succession
inge vervotte

Pressentie

La ministre sortante des Entreprises publiques et de la Fonction publique reste, à 33 ans, une valeur sûre de l’aile gauche du parti. Ancienne ministre flamande du Bien-être, de la Santé publique et de la Famille, durant le gouvernement Leterme-I, brillante et bûcheuse, mais aussi femme de compromis, elle n’a qu’un seul défaut : sa proximité avec le premier ministre sortant, dont l’étoile, au sein du parti, ne cesse de pâlir.

pieter de crem

Candidat probable

Membre de l’aile droite du parti, le ministre sortant de la Défense pourrait se porter candidat à la présidence d’un parti qui a sans doute besoin d’un nouveau souffle et d’un dynamisme que le maître d’Aalter est susceptible d’incarner. Son handicap : des dérapages verbaux parfois peu contrôlés et une tendance lourde à se mettre en évidence à tout prix. Peu compatible avec le sens du collectif indispensable à une présidence.

Kris Peeters

Pas crédible

Le ministre-président flamand tient à sa crédibilité. Et comme il a promis qu’il resterait 5 ans à son poste, il ne devrait pas – sauf surprise – être un candidat de premier plan à la présidence de son parti.

Jamais un président n’a cumulé, au CD&V, un tel poste avec celui de chef de gouvernement. Sa candidature paraît d’autant plus improbable que son parti n’a aucune intention de brûler sa dernière cartouche.

steven vanackere

Improbable

Certains pointent sa mauvaise campagne et son piètre score pour ne guère l’envisager à la présidence i. Le ministre des Affaires étrangères sortant est par contre un homme de compromis. Mais ce profil gênera les radicaux du parti, qui reprochent justement à Marianne Thyssen sa campagne trop peu flamande. Il ne devrait donc pas être le premier présidentiable. Même s’il reste un cadre de poids du CD&V.

Wouter Beke

Vice-président

Le sénateur-idéologue assurera la transition jusqu’à l’automne. Il ne devrait pas revendiquer une présidence que son absence de charisme rend assez illusoire. L’homme reste toutefois très précieux pour un parti qu’il a servi, comme vice-président, sous Yves Leterme, Jo Vandeurzen, Etienne Schouppe et Marianne Thyssen. Et qui devra, si Bart De Wever invite le CD&V, négocier la mise en place du gouvernement.

Yves Leterme

Non

Il rêve toujours de devenir ministre des Finances dans le prochain gouvernement. La présidence du parti ? Personne ne l’y envisage. En trois ans, il a largement entamé son capital sympathie. Surtout depuis qu’il a refusé de tirer la liste au Sénat, préférant se présenter dans sa province. Comme le dit un CD&V : « Il a poussé Marianne à l’avant-plan pour briller dans son fief et ne pas assumer ses responsabilités. »

Quand le CD&V sacrifie ses ténors
Commentaire

En deux ans et demi, le CD&V a usé trois présidents et connu deux intérims. Lorsque Jo Vandeurzen jette l’éponge, épuisé par une demi-année d’Orange bleue, Etienne Schouppe le remplace trois mois, le temps, pour Wouter Beke, vice-président, d’assurer l’intérim avant l’élection à la présidence de l’eurodéputée Marianne Thyssen, en mai 2008. Et revoilà l’intérimaire…

Comme au « bon » vieux temps du CVP, le parti tue le père ou la mère. Avec une régularité qui confine à l’acharnement.

Que Marianne Thyssen, figure de proue de la campagne, endosse la responsabilité de l’échec historique de son parti (jamais descendu sous les 20 % et désormais pointé à 17,5) l’honore – certains n’en rêvent-ils pas au MR ?

Mais la responsabilité des ténors du parti est écrasante.

Celle d’Yves Leterme, premier responsable du fiasco des trois dernières années, qui a refusé d’assumer son bilan devant l’ensemble des électeurs flamands en tirant la liste au Sénat, préférant se retirer sur ses terres yproises où il se sait très populaire. Il a même torpillé la candidature de Marianne Thyssen au 16, en se déclarant toujours candidat…

Celle de Kris Peeters, aussi. Le ministre-président flamand a joué les fantômes dans la campagne, pour ne pas devoir assumer une part de la défaite annoncée.

En somme, seule Marianne Thyssen, qui n’ambitionnait ni d’être présidente ni d’être Première ministre, a assumé jusqu’au bout les responsabilités laissées par d’autres. Certains diront qu’elle n’avait pas la carrure pour l’emploi. Mais le CD&V l’a sacrifiée. Les CD&V l’ont sacrifiée, chacun jouant sa carte personnelle. C’est ainsi que le parti tue ses ténors.

DUBUISSON,MARTINE,VANOVERBEKE,DIRK
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