L’Eglise dans la tourmente

« Pourquoi avoir forcé les sépultures ? »

Le Primat de Belgique Mgr Léonard, qui présentait vendredi midi le nouvel évêque de Bruges (lire en page 3) appelé à succéder au désormais pédophile en aveux Mgr Vangheluwe, a prudemment commenté les perquisitions menées jeudi en son palais épiscopal de Malines, à la cathédrale Saint-Rombaut et à la Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale. La justice et ce déploiement massif de policiers ? « Elle a fait son travail ! » L’audition de l’ensemble des évêques belges réunis à l’occasion de la Conférence épiscopale ? « Je regrette que des évêques extérieurs au diocèse de Malines-Bruxelles aient été retenus durant près de neuf heures. » Lui, il s’est occupé et a prié pendant ces heures de « séquestration » qui voyaient les archives de l’archevêché et celles du cardinal Danneels balancées des étages pour être enfournées dans des véhicules de la police. « Et je regrette que la confiscation de nos fichiers informatiques empêche le paiement du personnel de l’archevêché. »

L’avocat désigné par l’Eglise, Me Fernand Keuleneer, a déjà pris langue avec le juge d’instruction Wim De Troy pour atténuer ce désagrément salarial. Et de s’interroger sur la « proportionnalité des perquisitions en regard du but poursuivi ».

Mais Mgr Léonard a su aussi se montrer ferme en s’étonnant qu’on « ait forcé des tombes archiépiscopales », suggérant avec humour un scénario à la Dan Brown. Cet humour s’est traduit par une colère du Vatican, qui a exprimé sa désapprobation à l’ambassadeur de Belgique auprès du Saint-Siège (lire ci-contre). Des trous ont effectivement été forés dans les sépultures des Mgrs Van Roey et Suenens. Des caméras miniatures y ont été introduites afin de vérifier si ces dernières demeures n’avaient pas été transformées en caches recelant des documents relatifs à des prêtres pédophiles. Jean-Marc Meilleur, le porte-parole du parquet de Bruxelles, a précisé le contexte de cette fouille pour le moins étonnante : « Un témoin présent sur les lieux nous a dit que des travaux avaient été effectués récemment sur une tombe. Le juge d’instruction a jugé utile de vérifier. » Mais aucune preuve n’a été découverte dans la tombe. Le parquet avait été avisé de l’existence d’une « cache » au sein de la crypte de la cathédrale Saint-Rombaut. Il y a plusieurs années que des rumeurs faisaient état d’une dissimulation par l’archevêché de ses dossiers de prêtres pédophiles.

Et puis, au cours de sa rencontre avec la presse, Mgr Léonard a subtilement haussé le ton, regrettant d’abord que la Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dirigée par le pédopsychiatre Peter Adriaenssens (lire en page 3) ait vu l’ensemble de ses dossiers (475 dont 30 francophones) saisis. Et de lâcher les mots adressés aux policiers qui quittaient, jeudi soir, le palais épiscopal : « Vous avez fait votre job. Même si vous êtes venus par hasard le jour même où se réunissait la conférence épiscopale, comment faire croire aux médias que c’était par hasard ? L’image restera… » En clair : l’expression prudente par le Primat de Belgique du soupçon nourri par certains membres de l’Eglise que la descente massive de justice à Malines ne serait que la résultante d’une action anticléricale concertée par certains magistrats…

L’instruction du juge Wim De Troy ne vise en tout cas personne nommément, a confirmé le porte-parole du parquet de Bruxelles Jean-Marc Meilleur. « Elle est ouverte à charge d’inconnu et porte sur des attentats à la pudeur commis sur des mineurs d’âge. Il n’est absolument pas question d’organisation criminelle. » Il a précisé que les archives, les CD, les courriers et les dossiers saisis à Malines feraient l’objet d’un décryptage minutieux dans les jours qui viennent. « Si ces documents ne devaient pas être contributifs à l’enquête ou s’ils n’étaient d’aucun intérêt, ils seraient restitués le plus vite possible à leur propriétaire », a-t-il assuré.

« Nous n’en sommes qu’au début de l’enquête. On vérifie ce que des témoins ont dit, précise Jean-Marc Meilleur. Notre souci, ce sont les victimes. Nous garantirons évidemment leur anonymat contrairement à ce que semble craindre le président de la Commission, Peter Adriaenssens. En aucun cas, la justice n’entend se substituer à la Commission. Le magistrat instructeur est indépendant, a précisé Jean-Marc Meilleur. Il n’est lié par aucun accord qui aurait pu être passé entre le ministère public ou qui que ce soit avec la Commission », évoquant ainsi, sans le nommer, l’accord passé il y a 15 jours entre la Commission et la Justice à l’initiative du ministre Stefaan De Clerck.

METDEPENNINGEN,MARC,DELEPIERRE,FREDERIC
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