Le très discret retour d’Albert au Congo

Kinshasa

De notre envoyée spéciale

On en parle depuis le 19 janvier, lorsque le président Joseph Kabila, recevant le ministre belge des Affaires étrangères Steven Vanackere, lance oralement l’invitation à Albert II d’assister aux commémorations du 50e anniversaire de l’indépendance du Congo. Deux mois plus tard, le 10 mars, le gouvernement belge accepte l’invitation. Et, ce lundi matin, Albert et Paola s’envolent vers Kinshasa, pour quatre jours d’un voyage mixte, mêlant visite classique à des entreprises, écoles ou institutions, et participation plus inhabituelle aux cérémonies d’anniversaire.

C’est la première fois qu’Albert II se rend au Congo dans ses habits de roi. Y retrouvera-t-il l’accueil et l’ambiance de 1969, lorsqu’il fut le premier membre de la famille royale à retourner dans l’ex-colonie après le voyage de Baudouin consacrant l’indépendance, en juin 1960 ? Il était encore prince de Liège et il découvrait ce pays, sa capitale, mais aussi le site de la Gécamines et Kolwezi.

En 41 ans, Albert n’est plus retourné au Congo depuis cette mission économique qu’il emmène alors pour « améliorer les échanges commerciaux entre les deux pays ». A l’époque, Albert décrit ainsi sa mission, lors de sa première allocution : « Nous désirons revivifier une amitié déjà longue et voir s’établir une collaboration féconde, dans le respect mutuel. »

Huit ans et huit mois après la visite de son frère, celle d’Albert ne passe pas inaperçue. Le Soir relate à l’époque « l’accueil chaleureux », « presque délirant » qu’il reçoit à certains endroits, et même « triomphal » à Kolwezi, où la limousine découverte dans laquelle le prince se tient debout peine « à se frayer un chemin à travers une foule qui manifeste son enthousiasme au risque de se faire écraser. »

« Le petit frère du Roi », comme le surnomment alors les Congolais, peut même se permettre le luxe d’atterrir en hélicoptère sur un terrain de foot, alors que la deuxième mi-temps du match auquel il vient assister se déroule. Et ce n’est pas sous les huées mais sous les applaudissements qu’il rejoint sa tribune !

En quittant le pays, Albert a des mots très actuels. Il promet de faire passer à son royal frère le message que « le Congo veut renouer avec la Belgique des relations solides, durables, franches et amicales ». Et assure que « notre coopération doit être basée sur l’égalité, la franchise et le respect mutuels ».

Quarante et un ans plus tard, à la veille du départ d’Albert et Paola vers Kinshasa, le conseil des ministres a presque mot pour mot le même message. Annonçant la rencontre entre le Roi et le président Kabila (lundi) et celle d’Yves Leterme avec son homologue congolais (mardi), le gouvernement précise : « Ces entretiens entre deux partenaires égaux et souverains prendront place dans un dialogue franc, ouvert et constructif. »

Cinquante ans après l’indépendance de l’ex-colonie, 41 ans après la première visite d’Albert au Congo, les mêmes phrases doivent être répétées, car les relations entre les deux pays restent fluctuantes. Même si, durant ces quatre jours à Kinshasa, Albert II ne prononcera aucun discours.

Reste que les élections du 13 juin et les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement ont émoussé l’engouement ministériel belge pour le voyage au Congo. Au point que seul le Premier ministre en sera (lire ci-dessous). Les Congolais, eux, se réjouissent de la venue du Roi. N’attachant manifestement aucune importance au fait qu’il ne soit pas entouré d’une délégation ministérielle pléthorique…

DUBUISSON,MARTINE
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