Patrick Virelles, sur la pointe des mots

Littérature L’écrivain belge est décédé à 71 ans

Patrick Virelles est décédé mercredi, discrètement. Il était malade depuis longtemps. Ses funérailles se tiendront ce samedi à 15 h au cimetière de Dailly, à Couvin. Il s’appelait en fait Patrick Vinckenbosch.

Sa vie fut déjà un roman. Il fut conducteur de pousse-pousse, vendeur de fleurs à la sauvette, pion, attaché à la direction d’une entreprise d’Anvers, animateur d’une maison de la culture, administrateur de théâtres et cabarets littéraires, directeur d’un musée de figurines historiques…

Il était né à Bruxelles, en 1939. Il allait à l’athénée Catteau. A 14 ans, il publia son premier conte dans la revue Coude à coude. Il commit aussi un journal, H2SO4, dont on brûla, paraît-il, des invendus dans la cour de l’école. Il partit à Paris, puis à Menton. Il travailla pour les éditions Oswald et pour l’écrivain Thyde Monnier. Tout cela forge un caractère et fournit des choses à raconter.

Des choses amusantes, fulgurantes, drôles, poétiques ou nostalgiques. Comme ses titres : Peau de vélin (1993, Renaissance du livre), Les grilles du parc Monceau (98, Verticales), Les pigeons de Notre-Dame (2001, Labor), Un puma feule au fond de ma mémoire (2004, Labor), Bestiaire impertinent (2005, Bernard Gilson).

Sybarite anarchiste

Virelles aime les mots, il les savoure, nous les donne à déguster. Du parigot, du joual, du marollien. Virelles aime les gens, même s’ils sont bibliophiles ronchons comme dans Peau de vélin, pourvu que Mélodie Désespérance les déride au gouzi-gouzi. Surtout s’ils sont bourlingueurs à la Cendrars, comme l’oncle Mandré d’Un puma feule

Virelles est nostalgique de ses jeunes années, comme Frédéric qui, dans Un puma feule…, se souvient de sa jeunesse et des lieux qu’il fréquentait, Bruxelles, Coxyde, son quartier, ses écoles, sa troupe de scouts. Virelles aime l’excès, les cascades de mots, les sensations en pagaille, les débordements mais il les canalise pour n’en faire ressortir que le plaisir. Car Virelles aime nous divertir, avec intelligence, et une petite lueur dans le texte. C’est ce qui avait séduit le jury du prix Rossel, dont ce Puma fut finaliste malheureux devant Ça ne se fait pas d’Isabelle Spaak en 2004.

Ce sybarite anarchiste, comme il se définissait, était aussi de la Confrérie des chevaliers du taste-fesses. Et c’était peut-être ce dont il s’enorgueillissait le plus.

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE
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