Mais qui pourrait arrêter Serena Williams ?

Le « come on » qu’elle éructa juste après avoir catapulté le smash qui lui offrit trois balles de match – la première suffit – résonne encore dans le Centre Court à l’heure qu’il est… Quelle rage, quelle envie, quelle hargne ! Jusque-là, dans cette finale féminine bien décevante, la nº1 mondiale n’avait pas été mise une seule fois en danger par Vera Zvonareva qui n’eut que ses yeux pour pleurer (elle remit ça dans le double un peu plus tard) après une telle exécution. Mais l’Américaine en avait tellement envie de ce quatrième titre à Wimbledon, et d’approcher ainsi le record (cinq) de sa sœur Venus. Elle voulait tellement inscrire ce chiffre 13 – son « lucky number » dira-t-elle – sur les tablettes de la WTA, et passer ainsi son illustre compatriote Billie Jean King…

Avec Sinatra

A 28 ans, Serena Williams n’impressionne pas que dans ses shows à l’américaine tel celui qu’elle improvisa lors de la pourtant très cérémonieuse remise des prix, ou dans le pas de danse « à la Sinatra » – « J’étais avec lui, dans “Fly me to the moon” », dira-t-elle avec malice –, qu’elle exécuta en rejoignant le pourtant très classieux hall d’honneur du Centre Court.

A 28 ans, Serena Williams fait peur. Par la qualité de son jeu, la sérénité qu’elle affiche en toutes circonstances, sa puissance, les choix de carrière – clairement axée sur les Grands Chelems – qu’elle assume pleinement, etc. Et puis par ce palmarès qui s’étoffe : 13 titres majeurs. C’est encore 11 de moins que Margaret Court (glanés en partie avant l’ère open), mais ce n’est plus que cinq longueurs derrière Chris Evert ou Martina Navratilova.

« Je ne vois pas ce qui pourrait l’empêcher de nous rejoindre, dit cette dernière. En jouant si peu, Serena s’offre bien sûr la possibilité d’arriver plus fraîche mentalement sur les tournois. Mais ce qui m’impressionne le plus chez elle, c’est que tout en jouant si peu, elle a un jeu aussi pur, aussi complet ! Son service est tout simplement le plus percutant de toute l’histoire du tennis féminin. C’est beau… »

Pour Billie Jean King, que Serena Williams vient de dépasser au tableau d’honneur de la WTA, le doute n’est même pas permis, semble-t-il : « Serena peut devenir la plus grande de tous les temps et à tout le moins battre le record de Chris et Martina, dit cette autre icône américaine du tennis. J’ai aussi été impressionnée par les “come on” qu’elle hurlait et la rage dont elle témoignait. Cela prouve qu’elle en veut. Je crois d’ailleurs que depuis la mort tragique d’une de ses sœurs, son caractère a changé. Elle en veut encore plus ! Depuis deux ans, elle a posé son jeu et se concentre désormais sur les Grands Chelems. Avec le succès que l’on sait… »

Alors, que faire face à un tel talent ? Qu’envisager face à une telle rage de vaincre ? Vera Zvonareva, elle qui fut la reine de sa moitié de tableau, sort d’en prendre. Elle peut témoigner…

« Ce n’est pas une machine ! »

« Je m’en veux car je n’ai pas développé mon meilleur tennis, mais je me suis en fait trouvé dans l’impossibilité de le faire, tout simplement, dit la Russe. Elle est tellement puissante ! Quand elle sert à plus de 190 km/h, il vous est quasi impossible de retourner pour la mettre en défense. Et puis ce n’est pas seulement une arme sur le terrain, c’est aussi terrible au niveau mental car ça la rend tellement forte sur ses jeux de service, que cela lui permet de prendre plus de risques sur ses retours. Alors, bien sûr, il doit être possible de la battre : c’est un être humain, pas une machine ! Mais elle a tellement d’armes dans son jeu que ce n’est pas évident à trouver ! Et c’est extrêmement dur à vivre quand on est en face… »

« Je ne pense pas à tout cela »

Et comment réagit la principale intéressée devant une telle cascade d’éloges ? Comme toujours, c’est-à-dire en prenant tout au 28e degré. Un exemple parmi tant d’autres ? Sa réponse en conférence de presse, quand on lui demanda ce que ça lui faisait d’être dans le sillage immédiat de ces grands noms du tennis : « Oh, je ne pense pas à toutes ces choses-là, je ne savais même pas que j’étais 6e… Moi, j’aime mes chiens, ma famille, j’adore aller au cinéma, lire, faire du shopping, vous voyez que ce genre de chose-là n’est pas sur ma liste », dit-elle avec sa légèreté habituelle avant de se ressaisir tout de même… « Ce que j’aimerais avant tout, c’est ouvrir plus d’écoles en Afrique et aux Etats-Unis, aider plus de gens encore. Alors oui OK, je serais heureuse qu’on se souvienne de moi comme d’une joueuse de tennis, mais aussi et surtout comme d’une femme qui a inspiré des gens, et qui en a aidé d’autres. Mais pas de celle qui a gagné autant de Grands Chelems. » Pour l’heure, c’est malgré tout ce qui est dans l’esprit de tous. Tant ses succès sont impressionnants !

WILMOTTE,THIERRY
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