Les plats pays ont réservé une fête digne du Tour

Tour de France Trois chutes ont perturbé l’arrivée à Bruxelles

La Belgique n’a pas échoué dans sa fidélité sans faille au cyclisme. Des murs de spectateurs ont fait cortège au peloton du Tour dans une liesse ensoleillée, enivrée sans doute aussi aux flonflons des accordéons. Les mâts de cocagne et les pointes des cathédrales servirent d’uniques sommets dans les plaines à perte de vue, des plaines où des milliers de personnes assurèrent à l’événement la dignité de sa légendaire prestance.

Les Belges n’auront qu’un regret à l’issue de cette première journée passée en partie sur leurs terres : la triple chute qui a anesthésié le sprint massif attendu avenue Houba de Strooper. Un enchevêtrement incommensurable de vélos, de pieds, de casques a retenu plus de trois quarts des concurrents à différents endroits de la finale qui proposait certes deux épingles mais c’est surtout dans les lignes parfaitement droites que les problèmes survinrent. Exclus de l’emballage, Cavendish et Farrar n’ont pas proposé leur premier duel sous les yeux d’Eddy Merckx et d’Albert II qui n’ont toutefois en aucun cas regretté le court déplacement jusqu’à l’arrivée. Car même amputée de ténors, la ligne droite montante avec vent de face a permis de revoir, nez dans le guidon, un Italien estampillé sprinter depuis qu’il court. Et il court depuis longtemps ! A 36 ans, Alessandro Petacchi a prouvé à ses jeunes camarades de jeu que sa classe était intacte et on n’était pas surpris non plus de voir un peu derrière un autre ancien, Robbie McEwen, qui connaissait il est vrai l’arrivée par cœur avec Paris-Bruxelles.

Il faut être persévérant dans la vie, en particulier lorsqu’on est sportif de haut niveau. Le Spezian en est une preuve vivante après avoir traversé bien des tumultes. En 2003, il avait remporté quatre étapes, il avait abandonné (côte cassée) l’année suivante et il n’était plus jamais revenu sur la Grande Boucle.

Il faut croire que l’air vivifiant des Pays-Bas et de la Campine ioda les vieilles jambes. Car à l’image de Petacchi, Lance Armstrong, 38 ans, a donné une leçon de vaillance en dodelinant ses muscles sur le prologue de Rotterdam. Presque une démonstration comme au bon vieux temps. Seulement battu par le favori, Cancellara, et devancé par deux purs spécialistes, Martin et Millar, l’Américain a surtout devancé les prétendants à la victoire finale. Rien de bien méchant, comme les cinq secondes qu’il a prises à Contador, mais psychologiquement, il s’est rassuré, il a établi le plan qu’il espérait : mettre la pression sur les autres, leur rappeler qu’il les bousculera jusqu’au dernier souffle de son dernier mètre de son ultime Tour.

Si les chutes ont un peu gâché la fête bruxelloise, les orages ont assombri le prologue néerlandais. L’Allemand Tony Martin a bien failli en profiter, lui qui était parti sur un sol sec mais même dans la boue, Fabian Cancellara l’aurait dominé. La démonstration du Suisse dont le vélo, comme tous les autres, était passé au scanner, le nouvel ingrédient d’une lutte antidopage électrique, a simplement ramené sur terre ceux qui encombrèrent YouTube d’effets d’annonce grotesques, mais quoi qu’il advienne à charge, comme d’habitude, du sport cycliste. Le meilleur rouleur du monde depuis plusieurs années déjà a résumé ses dix minutes de vélo dans les rues de Rotterdam par cette phrase : « Le moteur, c’était moi. »

Il n’y avait rien à ajouter. Dimanche, le Bernois a été retenu comme beaucoup de favoris dans la chute du kilomètre. « Les coureurs étaient trop nerveux, peut-être en partie impressionnés par la foule. Je connais la ferveur des Belges avec les classiques, mais là, je pense qu’ils ont encore fait plus fort ! »

Cancellara a d’autant plus de raisons d’aimer la Belgique qu’il s’y trouvera encore en jaune entre Bruxelles et Spa où les spectateurs s’efforceront d’égaler l’audience exceptionnelle de la Province d’Anvers. Crainte pour ses éventails, la première étape n’a rien proposé de tout cela, le vent était trop faible. Celle de Spa est redoutée par sa finale tortueuse entre Stockeu et Rosier. Il est clair que les favoris devront, cette fois, vraiment rouler devant pour éviter les pièges.

THIRION,STEPHANE
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