Tous les Sébastien sont orphelins

Télévision Cécile Aubry est morte à 81 ans

Si des tas d’hommes de 40 à 50 ans se prénomment Sébastien, c’est à elle qu’ils le doivent. On peut difficilement comprendre aujourd’hui quel fut l’impact des feuilletons Belle et Sébastien et ses suites, concoctés par Cécile Aubry, sur les foules de téléspectateurs, mais c’était gigantesque. « Il n’y avait alors qu’une seule chaîne de télévision, disait Cécile Aubry dans une interview de 2008, mais en deux-trois semaines, mon fils Mehdi et moi, on a reçu des malles de lettres. » C’était la folie, en effet. En France, évidemment. Mais en Belgique aussi, et même ailleurs. Ce n’est pas pour rien que le groupe de rock britannique Belle and Sebastian s’appelle ainsi.

L’écrivaine-réalisatrice est décédée lundi, le 19 juillet, à Dourdan, dans l’Essonne, des suites d’un cancer du poumon. Elle aurait eu 82 ans le 3 août. Les téléspectateurs des années 1960 et 70 s’en souviendront avec émotion.

Pourtant, la jeune Anne-José Bénard – son vrai nom – ne se destinait ni à l’écriture ni à la réalisation. Son truc, c’était la comédie. Elle s’inscrivit d’ailleurs au cours Simon. Le metteur en scène Henri-Georges Clouzot la remarque et la prend immédiatement comme premier rôle de son film Manon, en 1949. Elle était jolie, mignonne, un visage plein d’ingénuité et une moue boudeuse, les yeux verts et les cheveux blonds. Le film remporta le Lion d’or à Venise. Cécile Aubry gagna un contrat avec la 20th Century Fox.

Départ pour Hollywood. Couverture de Life le 26 juin 1950. Tournage de La rose noire, avec Tyrone Power et Orson Welles dans les dunes marocaines. Et coup de foudre avec Si Brahim El Glaoui, le fils du Pacha de Marrakech, venu visiter le plateau. Cécile Aubry tourne encore Barbe-Bleue, de Christian Jacque, avec Pierre Brasseur et Hans Albers. Puis quelques films que personne n’a retenus. En 1957, le cinéma, c’est fini. Elle a épousé son prince charmant, ils ont un fils, Mehdi. Mais le mariage a vite fait son temps, elle retourne en France avec Mehdi. Et écrit des histoires pour enfants.

D’abord Poly, les aventures d’un poney roux et de son copain Pascal. Puis Sébastien, un orphelin recueilli par un vieux berger qui a un grand chien blanc, Belle. Enfin Le jeune Fabre : le héros a grandi, il connaît ses premiers émois amoureux et débute dans la vie professionnelle. Succès faramineux. L’ORTF (l’ancêtre de France Télévision) s’y intéresse. Et confie le tournage de ses histoires à Cécile Aubry elle-même. Elles se suivent dans le même ordre : Poly en 1961 puis de 1963 à 73, Belle et Sébastien en 65-66, Sébastien parmi les hommes (68) et Sébastien et la Mary-Morgane (70). Enfin Le jeune Fabre (73).

Et qui est le jeune héros de toutes ces séries ? Mehdi El Glaoui, le fils de Cécile Aubry, évidemment. « Ce que je lui ai demandé, avoue Cécile, je n’aurais jamais osé le demander à quelqu’un d’autre. » Et Mehdi : « Maintenant les ambitions des enfants ont évolué. Aujourd’hui, une fille de 7 ans veut faire la Star Ac. À ce moment-là, on ne voulait pas devenir célèbre à tout prix. En tout cas, pas moi. » Il l’a pourtant été, célèbre : demandez à toutes les filles qui avaient 15 ans à l’époque…

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE
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