La Love Parade vire au drame : 19 morts et aucune explication

Au surlendemain du drame, personne n’est en mesure de présenter des explications. Ce dimanche, ni les organisateurs, ni la police, ni la ville de Duisbourg, ni le responsable de la cellule de crise n’ont voulu apporter un éclaircissement. Ils se sont tous retranchés derrière l’enquête judiciaire ouverte par le parquet de Duisbourg. La police a néanmoins remis en cause les faits présentés par les médias. Il n’y a pas eu de panique de masse, a insisté Detlef von Schmeling, le chef de la police de Duisbourg. « Personne n’a perdu la vie dans ce tunnel », a-t-il déclaré. La plupart des corps ont été retrouvés aux abords du tunnel, autour d’un escalier de secours et près d’un container. Selon des témoignages, plusieurs personnes auraient trouvé la mort lors de chutes. Jusqu’à présent, les images tournées par des témoins pendant l’accident ne font effectivement état d’aucun mouvement de panique. Selon les experts en sécurité, il pourrait en effet s’agir de plusieurs cas de panique isolés, imprévisibles dans ce genre de grande manifestation.

Toujours est-il que le dernier bilan, dimanche soir, était lourd pour des paniques isolées : 19 morts âgés de 18 à 38 ans (onze femmes et neuf hommes), dont six étrangers venant d’Espagne, des Pays-Bas, d’Australie, d’Italie et de Chine, et plus de 340 blessés.

Avant l’événement, les pompiers et la police avaient pourtant fait part de leurs réserves sur les dangers de ce tunnel de 200 mètres de long et de 3,80 de hauteur (deux voies) qui était le seul accès à la fête. Comment pouvait-on prévoir de faire passer dans cet « entonnoir » plus d’un million de personnes ?

En amont, le système de régulation n’a pas fonctionné. Les barrières de sécurité, qui devaient permettre de filtrer les visiteurs et d’empêcher un encombrement à l’intérieur du tunnel, ont été inefficaces.

Pour les témoins, le drame était programmé. « Tout à coup, le tunnel était plein. Nous avons tous été pris de panique, raconte une jeune femme. J’ai vu des blessés partout, empilés les uns sur les autres, jusqu’à cinq ou six. » Il a fallu deux heures au moins pour que la police reprenne le contrôle de la situation.

Tous les regards se tournent vers le plan de sécurité des organisateurs. Les documents saisis à la mairie de Duisbourg et dans les bureaux des organisateurs sont désormais sur le bureau du procureur.

Ils devraient permettre de savoir si les personnes qui ont perdu la vie samedi à Duisbourg ont été victimes des intérêts financiers de cette gigantesque opération commerciale, comme l’affirme le fondateur de la Love Parade. DJ « Dr Motte » (qui ne fait plus partie de cet événement) a en effet mis en cause l’avidité des organisateurs. « Ils n’ont aucun sens des responsabilités vis-à-vis des gens », a-t-il déclaré.

L’organisateur, Rainer Schaller, aurait mis la pression sur la Ville de Duisbourg pour qu’elle accepte un plan de sécurité inadapté à un événement de cette dimension, estime-t-il. Selon le magazine Der Spiegel, la police aurait elle-même présenté un plan que la Ville aurait refusé.

Enfin, personne ne sait combien de personnes se trouvaient sur les lieux au moment de l’accident. Le nombre exact de « ravers » reste controversé. Les organisateurs avancent désormais une fourchette allant de 100.000 à 1,4 million de visiteurs, répartis dans toute la ville. Une chose est sûre : la zone de la manifestation était prévue pour 300.000 personnes et elle n’était pas saturée au moment de l’accident.

CHRISTOPHE BOURDOISEAU
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