Des Belges trouvent un aliment anti-obésité

Une découverte scientifique majeure venue de l’UCL : de la nourriture dopée par des prébiotiques calmerait l’inflammation source de surpoids.

 L’essai est en cours chez des patients obèses en Belgique, mais il semble déjà livrer des résultats positifs. Et les chercheurs de l’UCL qui le mènent l’ont déjà réussi chez l’animal, chez des souris transformées pour que leur système immunitaire ressemble à celui de l’humain. Donner de 5 à 20 grammes de prébiotiques – des stimulateurs de croissance de bactéries naturellement présentes dans notre intestin – permet de les multiplier de 10 à 100 fois. Et de rétablir enfin un équilibre rompu par un régime trop riche en graisses, qui provoque l’obésité, un fléau en croissance qui touche déjà 15 % des Belges.

Deux chercheurs de l’UCL publient ce mercredi dans une revue américaine prestigieuse la cause moléculaire de cette inflammation, qui crée le cercle vicieux d’entraîner davantage de prise de poids par la dégradation de la membrane intestinale, qui ne joue plus son rôle de filtre.

Mais il livre aussi une piste sérieuse de solution : repeupler son intestin de bonnes bactéries, par une simple alimentation ou un supplément alimentaire simple, fait baisser l’inflammation. Les souris qui en ont bénéficié ont nettement perdu du poids.

Demain, des aliments anti-obésité
Poids Des chercheurs de l’UCL réussissent à réduire la croissance de masse grasse

Alors qu’une pandémie d’obésité se répand dans le monde, on ne connaît toujours pas clairement comment l’organisme se met à stocker de la graisse en excès. Ces dernières années, le lien avec l’inflammation chronique « à bas bruit » de l’organisme a clairement été démontré. Mais cela ne donnait pas la clef de ce mécanisme au niveau moléculaire et, surtout, laissait perplexe quant à la possibilité de moduler ce désordre métabolique.

Les chercheurs du groupe sur le métabolisme et la nutrition de l’Université catholique de Louvain (UCL), notamment les professeurs Nathalie Delzenne et Patrice Cani travaillent depuis plusieurs années sur la question : ils ont ainsi démontré que les bactéries intestinales sont capables de contribuer à modifier l’inflammation, l’appétit et le métabolisme avec un impact sur le poids corporel. Mais comment faisaient-elles ?

C’est à cette question que les professeurs Patrice Cani et Giulio Muccioli répondent en publiant ce mercredi dans « Molecular system biology » la démonstration que les bactéries intestinales contrôlent la production de substances appelées endocannabinoïdes au niveau de l’intestin et des adipocytes. Les cannabinoïdes sont des substances chimiques qui activent des récepteurs spécifiques présents dans le corps. Ceux-ci sont secrétés par le corps lui-même. Ils agissent notamment sur le système neurologique de la récompense et de la satiété, et sur le système immunitaire. Leurs récepteurs (serrure dont ils sont la clé) se trouvent surtout dans l’hippocampe, le cortex et le cervelet, mais la plupart des organes en possèdent et on commence seulement à comprendre leur rôle.

Tests sur des souris

Le mécanisme de régulation mis en évidence par les chercheurs devient incontrôlable au cours de l’obésité. Ces interactions entre flore intestinale et système endocannabinoïde influencent fortement le microenvironnement de l’intestin et sa capacité d’agir comme une barrière face au passage d’endotoxines pro-inflammatoires (LPS) produites par certaines bactéries intestinales. Concrètement, l’équipe montre que l’expansion des graisses dans le tissu adipeux, l’inflammation et le diabète de type 2 observés chez les souris rendues obèses sont directement liés aux variations de la composition de la microflore et, surtout, à la production d’endocannabinoïdes dans l’intestin et le tissu adipeux.

Les chercheurs avouent ignorer encore la manière dont les microorganismes intestinaux produisent ces changements métaboliques. Une piste serait que certains nutriments issus des bactéries agissent directement sur ces processus.

Mais le principal intérêt du travail publié aujourd’hui est de démontrer que l’utilisation de prébiotiques permet de modifier la microflore intestinale des souris obèses ainsi que leur système endocannabinoïde. Les prébiotiques agissent comme stimulateurs de croissance de souches bactériennes bénéfiques qui résident dans le côlon. Les bifidobactéries et les lactobacilles sont les microorganismes de flore intestinale les plus connus. Il ne faut pas les confondre avec les probiotiques, micro-organismes vivants (bactéries ou levures), ajoutés comme compléments à certains produits alimentaires.

Les chercheurs démontrent aujourd’hui que l’utilisation de prébiotiques permet de restaurer la barrière intestinale, de diminuer l’inflammation et le développement de la masse grasse. Si des tests chez les humains le confirment, un simple complément alimentaire, voire une consommation ciblée d’aliments choisis (légumes et fruits) suffirait à briser le cercle infernal de l’obésité.

Faux médicaments anti-obésité sur le Net

D’après une enquête que publie aujourd’hui le magazine Test-Santé (Test-Achats), en achetant des médicaments, notamment contre l’obésité, sur internet, on a davantage de chance de tomber sur un faux ou un médicament inactif, voire contenant de la mort-aux-rats !

L’épidémie d’obésité pousse de nombreux patients à tenter de trouver sur la Toile de quoi réduire leur poids, quitte à se procurer par cette voie des médicaments qui leur sont refusés par les médecins en Belgique.

Pour en avoir le cœur net, Test-Santé a procédé sur des sites web à l’achat de 3 médicaments délivrés théoriquement sur ordonnance : le Tramadol (antidouleur), le Viagra (traitement des troubles de l’érection) et le Xenical (traitement amincissant). S’il fallait remplir un questionnaire médical, les enquêteurs mentionnaient un profil type d’utilisateur dans lequel était insérée une affection qui constituait une contre-indication absolue pour ce médicament. Au total, 16 commandes ont été passées. La commande a bien été refusée sur 5 sites. Mais 11 commandes ont finalement été acceptées !

Ces sites enfreignent la loi en ce qu’ils livrent sans prescription des médicaments délivrés uniquement sur ordonnance. Pire, pour des patients qui avouent une contre-indication absolue, ce qui est rarement le cas des clients par internet qui auront tendance à ne pas mentionner ces contreindications pour obtenir le produit malgré tout…

En outre, la majorité des notices étaient illégales, n’étant pas rédigées dans la langue du patient. Sur les 9 médicaments reçus, deux ont été envoyés sans notice et sans l’emballage d’origine. Les blisters étaient simplement glissés dans l’enveloppe.

Croyiez-vous faire une économie en vous passant des services d’un pharmacien ? Les médicaments commandés en ligne sont plus chers de 35 % en moyenne que ceux achetés en pharmacie. Plus les frais d’envoi, le coût d’une prétendue prescription et même, dans un cas, la « consultation » : la facture grimpe…

Mais payer davantage n’est encore rien. La moitié des médicaments vendus sur internet sont contrefaits. En théorie, une contrefaçon pourrait être irréprochable au niveau de sa composition, le fournisseur faisant son beurre en violant la propriété intellectuelle de celui qui a breveté le médicament. Dans la pratique cependant, comme le constatent de plus en plus souvent scientifiques et contrôleurs, ces médicaments sont incorrects au niveau des dosages ou ne contiennent aucune trace de substance active. D’autres contiennent, par contre, des substances nocives, comme de la mort-aux-rats. De tels médicaments constituent un danger potentiel pour la santé. Bref, mieux vaut s’abstenir d’acheter ses médocs sur internet, à l’exception du site… de son pharmacien habituel.

« La théorie du chaos métabolique est enfin dévoilée »

ENTRETIEN

Patrice Cani, chercheur qualifié FRS-FNRS, est professeur à l’UCL.

Votre recherche confirme une nouvelle fois que l’obésité est une maladie inflammatoire…

On l’avait constaté, mais nous ne comprenions pas pourquoi et surtout comment l’inflammation était alimentée. Comme si on mettait de l’essence sur le feu. On n’avait surtout pas établi que le déséquilibre de la flore intestinale produit dans l’intestin par l’apport d’une alimentation trop riche en graisses augmente la production d’endocannabinoïdes. Le tout dégrade la barrière intestinale. Comme elle est altérée, elle devient davantage perméable, comme un tissu où l’on forcerait le passage. Maintenant, nous savons que la flore intestinale et le système endocannabinoïde sont à la base d’une sorte de cascade qui entraîne la libération de toxines pro-inflammatoires. Ce qui en définitive provoque un cercle vicieux : « l’inflammation entraîne plus d’inflammation ».

Un médicament anti-obésité aujourd’hui retiré du marché ciblait le système endocannabinoïde. Pourquoi les prébiotiques réussiraient-ils ce qu’il a raté ?

Parce que ce médicament ciblait les récepteurs au niveau du cerveau, avec des conséquences négatives sur l’humeur des patients, qui pouvaient subir une dépression. Les chercheurs tentent aujourd’hui d’inhiber les récepteurs de ce système dans les organes mêmes, sans affecter le cerveau. Mais ce sera complexe, car nos résultats montrent que ce mécanisme travaille en système. C’est un peu la théorie du chaos : une micro-perturbation à un endroit du corps peut amener une grande perturbation ailleurs. Les prébiotiques que nous testons ont l’avantage d’être connus et de n’être, si vous voulez, que la transcription de la règle « mangez équilibré, 5 légumes ou fruits par jour ».

Pas de pilule, alors ?

Si vous voulez. Actuellement nous pensons que les sources alimentaires les plus adéquates sont les légumes et les céréales, qui en contiennent suffisamment. Cela dit, on peut aussi supplémenter des aliments comme le pain.

Mais n’oublions pas que cela est seulement démontré chez la souris…

Chez l’humain obèse, nous avons un essai en cours à l’UCL, sous la direction du professeur Delzenne. Et les résultats préliminaires semblent significatifs.

FREDERIC SOUMOIS
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