Berlusconi et Fini, c’est terminé

Le divorce entre le président du Conseil et son « dauphin » est consommé

Après des mois et des années de tension et de désaccords, la rupture entre Silvio Berlusconi et Gianfranco Fini, l’éternel « dauphin » (à 58 ans !) de plus en plus impatient et de plus en plus perçu comme un rival, est enfin consommée. Cette fois, il n’est plus question de faire marche arrière : Fini a été bel et bien expulsé par Silvio Berlusconi de ce PDL (Peuple des libertés) dont il a été, pourtant, cofondateur, l’année dernière. Une trentaine de députés le suivront dans un nouveau groupe parlementaire dont il a annoncé la création : « Futuro e libertà per l’Italia » (Avenir et liberté pour l’Italie).

L’annonce de cette expulsion, à travers une motion de censure votée par la grande majorité des responsables du PDL, a été faite jeudi soir par Silvio Berlusconi qui a demandé à Gianfranco Fini de démissionner de son poste de Président de la Chambre. « Il n’en est pas question », a immédiatement réagi Fini en expliquant qu’il avait des devoirs, non pas envers la majorité, mais envers l’Assemblée tout entière. Vendredi après-midi, au cours d’une conférence de presse à laquelle participaient tous les députés « finiens », soit un peu plus d’une trentaine de personnes (au Sénat, ils sont une douzaine) qui ont suivi leur leader hors du PDL, le président de la Chambre a déclaré, offusqué : « J’ai été expulsé du parti que j’ai fondé sans même avoir eu l’occasion de m’exprimer ! »

Il est vrai que ce parti avait été pratiquement imposé par Silvio Berlusconi à son éternel numéro deux qui ne le lui a jamais pardonné. Les deux hommes ont alors multiplié les désaccords. Aussi bien sur la politique de l’immigration où Gianfranco Fini a pris ses distances par rapport à la politique xénophobe de l’autre grand allié, la Ligue du Nord, qu’à propos des innombrables scandales de corruption minimisés par Silvio Berlusconi et qui ont cependant entraîné les démissions, récemment, de trois membres du gouvernement. Et cela, sur l’instigation de Gianfranco Fini qui se présente comme le défenseur de la légalité.

Respectable

A tel point, que depuis quelques mois, cet ancien jeune militant du parti néofasciste MSI qu’il a transformé, en 1995, en un parti de droite respectable, Alliance Nationale, a fini par devenir le favori de l’opposition de gauche ! Silvio Berlusconi, qui a certainement beaucoup aidé Gianfranco Fini à sortir, dans les années 90, du ghetto politique dans lequel était maintenu le MSI en Italie et en Europe, l’estime bien ingrat à son égard. Il lui en veut surtout pour son intervention dans les polémiques autour du projet de loi sur les écoutes téléphoniques qui a été complètement modifié. A tel point que sa discussion a été renvoyée en septembre et que Berlusconi estime qu’elle ne vaut même plus la peine d’être votée, la nouvelle version n’interdisant plus la publication des écoutes dans la presse !

L’opposition de Gauche n’a aucun doute, c’est la crise et le gouvernement doit démissionner. Le secrétaire du PD (parti démocrate), Pier Luigi Bersani a demandé à Silvio Berlusconi de venir s’expliquer devant le Parlement. Celui-ci a rétorqué que le gouvernement n’était nullement touché par cette rupture et qu’il avait une entière confiance dans tous les ministres, y compris ceux qui sont proches de Fini…

Gianfranco Fini a été cependant très clair : les députés qui lui sont fidèles (ils ne sont pas une armée mais suffisent pour fragiliser la majorité de Silvio Berlusconi qui devra se tourner vers les petits partis centristes) soutiendront le gouvernement chaque fois que celui-ci agira dans le cadre du programme électoral. Mais ils n’hésiteront pas « à combattre toutes les propositions injustes ou néfastes ».

La question que tout le monde se pose à Rome, en cette veille de grand départ en vacances est celle-ci : « Et maintenant, la crise du couple Berlusconi – Fini ne va-t-elle pas, nécessairement, paralyser la politique italienne ? »

VANJA LUKSIC
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