Sarkozy : la barre (très) à droite

Nicolas Sarkozy menace  de déchoir les délinquants de la nationalité française

L’Elysée avait annoncé un déplacement sur le thème de la sécurité. Il s’agissait de nommer un nouveau préfet de l’Isère et d’exprimer la solidarité de l’Etat envers des policiers menacés de mort depuis les incidents très violents qui avaient suivi la mort d’un délinquant, il y a 15 jours, dans une cité de Grenoble. Personne ne s’attendait donc à un discours de compassion ou de rassemblement. Depuis son passage au ministère de l’Intérieur, il y a 8 ans, Nicolas Sarkozy a toujours affectionné le rôle de « premier flic » de France et il a l’habitude des propos musclés, voire martiaux. Mais de là à utiliser une telle rhétorique ! Ses propos, vendredi, évoquaient explicitement le langage habituel de l’extrême droite. Au point que la Ligue des droits de l’homme parle de « xénophobie assumée ».

Jamais Nicolas Sarkozy n’avait été jusqu’ici aussi loin. « Echec du modèle français d’intégration, immigration insuffisamment contrôlée depuis cinquante ans » : il a associé sans la moindre ambiguïté l’insécurité à l’immigration. En assumant totalement cette transgression. « Je n’ai jamais été un adepte de la pensée unique », a-t-il lancé.

Nicolas Sarkozy ne s’est pas contenté d’un discours musclé. Il a aussi annoncé des mesures inédites. Il propose notamment de revoir les conditions de déchéance de la nationalité française. Il est question de la retirer à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un policier. Le Président veut aussi revenir sur l’acquisition automatique de la nationalité pour un mineur délinquant. « La nationalité française, ça se mérite », a-t-il martelé.

Ce coup de barre (très) à droite n’est évidemment pas dû au hasard. Le discours survient d’ailleurs quelques jours après des propos déjà très controversés tenus par le ministre de l’Intérieur. Brice Hortefeux avait annoncé mercredi qu’une dizaine d’inspecteurs du fisc se concentreraient sur la situation des Roms, « beaucoup de Français s’interrogeant à juste titre sur la cylindrée de certains véhicules drainant des caravanes ». En pleine chute de popularité et alors que l’affaire Bettencourt fait depuis six semaines des ravages dans l’opinion, Nicolas Sarkozy cherche à reconquérir le noyau dur de son électorat en lui envoyant des messages plus forts qu’il n’a jamais osé lui adresser.

Pris à son propre piège ?

Ce faisant, il pourrait cependant obtenir l’effet inverse à celui escompté… « L’extrême droite peut retrouver de l’oxygène », analyse le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite. Nicolas Sarkozy appelle les autres partis à le soutenir dans sa « guerre nationale contre l’insécurité ». Ce qui est sûr, c’est que l’opposition n’est pas près de le rejoindre… « Les propos de Nicolas Sarkozy sont particulièrement graves », dit le porte-parole du parti socialiste Benoît Hamon. « La République française est une et indivisible et le président est en train d’introduire une différence entre les citoyens récemment français et les autres », dénonce-t-il. La gauche pourrait en fait retrouver une certaine vigueur dans la défense du modèle républicain. En voulant adresser un électrochoc à l’opinion, Nicolas Sarkozy pourrait bien être tombé dans son propre piège.

JOELLE MESKENS
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