En partance pour son rêve

Laura Dekker a largué les amarres : mercredi matin, elle a quitté le port néerlandais de Den Osse pour le Portugal d’où elle partira, fin août, pour un tour du monde en solitaire à bord de son voilier Guppy. Un périple qu’elle devra impérieusement boucler avant le 20 septembre 2012, jour de son dix-septième anniversaire. Elle aura alors tenu son pari : elle sera la plus jeune navigatrice à avoir réalisé un tour du monde en solitaire.

Laura Dekker a déjà perdu un an dans le calendrier qui balisait les étapes de son rêve : son départ, initialement en septembre 2009 – Laura, alors, avait tout juste quatorze ans – avait été différé suite à l’action dont les autorités hollandaises avaient saisi le tribunal d’Utrecht. Elles avaient obtenu de la Justice qu’elle place l’adolescente sous la surveillance des services de protection de la jeunesse jusqu’en juillet 2010, le juge estimant que son projet exposait Laura à des dangers dont son jeune âge l’empêchait d’avoir conscience – que ses parents la soutinssent dans son rêve ne changeait rien à l’affaire.

Laura avait attendu son heure qui n’était pas encore venue. Avec une détermination sans faille : « Cette gamine a du sel dans le sang », déclara un jour son avocat, Peter de Lange.

A la barre dès quatre ans

Sans doute l’extraordinaire personnalité de Laura et sa maturité étonnante ont-elles pesé de tout leur poids lorsque, le 27 juillet dernier, le Conseil de protection de l’enfance a sollicité du tribunal de Middelburg qu’il prolonge de treize mois la tutelle dont l’adolescente faisait l’objet.

Le juge, cette fois, a rejeté la requête : « C’est à ses parents de décider si Laura peut partir pour son voyage en bateau », avait-il expliqué.

Laura a déjà toute une histoire avec la mer. Elle est née en Nouvelle-Zélande alors que ses parents, aujourd’hui divorcés, effectuaient un tour du monde à la voile. « J’avais quatre ans quand j’ai été pour la première fois toute seule à la barre », raconte-t-elle.

Laura a eu son propre voilier dès l’âge de huit ans et a effectué son premier voyage à la voile en solitaire à l’âge de 11 ans : un périple de 6 semaines au large de la Frise. Peu après son placement sous la surveillance des services de protection de l’enfance, en octobre 2009, elle avait fugué et s’était rendue dans les Antilles néerlandaises dans le but d’y acheter un bateau.

Elle a vécu, toutes ces dernières années, sur une péniche amarrée à Den Osse, en compagnie de son père Dick et de son chien Spot. Elle ne comprend pas, dit-elle, que son histoire ait pu lui valoir l’attention de tous ces médias : « Je suis juste une personne qui a un rêve. »

parents pas rois

Le seul assentiment

de ses parents n’autorise pas un enfant à réaliser son rêve s’il s’avère que son projet présente quelque danger pour lui. Les instances compétentes belges pourraient, comme l’ont fait les autorités néerlandaises, s’opposer au projet d’un adolescent si elles estimaient – comme ce fut le cas pour Laura Dekker – qu’il comporte des risques dont le jeune ne peut avoir conscience ou qu’il est de nature à compromettre son développement social et affectif – sans parler des questions liées à l’obligation scolaire.

« Un procureur du Roi peut agir s’il estime que l’exercice de l’autorité parentale est opposé à l’intérêt de l’enfant », explique Serge Léonard, juriste auprès de la Délégation générale aux droits de l’enfant. « Soit qu’il agit d’office, soit qu’il est saisi par un tiers – les services d’aide à la jeunesse, par exemple. Il peut alors choisir d’ouvrir un dossier protectionnel et charger un conseiller de l’aide à la jeunesse de négocier une solution avec les parents. En cas d’échec de cette médiation, le procureur peut alors saisir le juge de la jeunesse qui tranchera en vertu de son pouvoir discrétionnaire. »

STEPHANE DETAILLE,ASSOCIATED PRESS,AFP
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