Claude Klotz, célèbre sous son pseudonyme

Littérature La mort de Patrick Cauvin

Ce Marseillais devenu parisien, qui avait fait de Montmartre son territoire quotidien, avait d’abord enseigné le français. Mais il était à ce point nourri de cinéma que ses héros devaient, un jour ou l’autre, trouver leur place dans un imaginaire personnel. Imaginaire d’abord très sombre : ses premiers romans, publiés sous son véritable nom, teignent la vie en rouge et noir. Ils prêtent à Reiner, qui revient de livre en livre, l’ambition toujours déçue de comprendre un monde cruel. Les lecteurs de polars le connaissent, apprécient ses livres, sans qu’on puisse parler de véritable succès populaire.

À la quarantaine, frappé par un facétieux démon de midi, Claude Klotz devient plus sentimental. Il écrit L’amour aveugle, qui ne ressemble à rien de ce qu’il avait donné auparavant à son éditeur. Une bluette pleine de finesse, une sorte de roman d’amour qui transcende le genre sans exiger beaucoup d’efforts de la part du lecteur. Le parfait roman de gare, en somme, pour lequel il adopte le nom de plume qui le rend célèbre.

Le souvenir de la guerre d’Algérie

Patrick Cauvin donne ensuite Monsieur Papa et E=MC2 mon amour, puis quantité d’autres livres, qui font de lui un auteur ambigu de best-sellers.

Car il n’a pas oublié la part du mal découverte en l’homme au moment de la guerre d’Algérie et qu’il transposait dans ses romans noirs. Entre l’ombre et la lumière, Klotz/Cauvin va dès lors hésiter souvent, à tel point que certains de ses romans pourraient, indifféremment, avoir été signés de l’un ou l’autre nom. Il met en scène des périodes sombres de l’Histoire, comptant sur le pouvoir de la fiction pour faire passer son horreur de la violence. Ce sont des livres comme Nous allions vers les beaux jours, qui parle de la Shoah. Ou Villa Vanille, épisode peu glorieux de la colonisation française…

Le cinéma l’a rattrapé depuis longtemps, par les nombreuses adaptations faites de romans conçus avec un sens aigu du visuel, par ses articles critiques pour Pilote, un magazine qui lui allait comme un gant, mais aussi par sa participation, comme scénariste, au film de Patrice Leconte, Le mari de la coiffeuse.

Il n’a jamais oublié non plus qu’il aurait aimé être footballeur, entre autres vies qu’il n’a pas vécues, sinon par procuration. Hors jeu a été illustré par Enki Bilal. Il a rendu hommage à ses héros dans un Dictionnaire amoureux dont chaque entrée est une manière de payer sa dette aux auteurs qui l’ont fait rêver. Comme il a lui-même fait rêver, auteur à succès et donc souvent traité de haut par le milieu littéraire, malgré la mélodie d’une basse tenue du début à la fin, et qui parle de notre monde. Son dernier livre paru, Une seconde chance, est un vrai Cauvin : la magie d’un amour qui traverse les siècles, avec le doute d’un Klotz.

MAURY,PIERRE
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