L’ultime paroi de Chloé Graftiaux

France Emportée par un bloc, la grimpeuse a effectué une chute de 600 mètres

Salut championne ! » (…) « Ta vie était pleine et intense, une source d’inspiration pour tant de grimpeurs passionnés » (…) « La montage est belle, mais est elle si dire dure envers ceux qui la chérissent le plus » (…)

L’alpinisme belge est en deuil : samedi après-midi, la grimpeuse belge Chloé Graftiaux, 23 ans, a été emportée par la chute d’un rocher au moment où elle descendait la face sud de l’aiguille noire de Peuterey, la partie italienne du Mont blanc. La jeune namuroise effectuait une dernière course de préparation avant d’entreprendre, avec le Groupe Excellence Alpinisme du Club Alpin français (GEAN), l’ascension d’un sommet indien, le Bhagirathi III (6354 m).

Dès l’annonce de son décès, ses amis, ses proches, tout le milieu de l’escalade, s’est manifesté sur son site web, notamment : « C’était une grimpeuse exceptionnelle, une sportive d’élite en devenir, un modèle pour toute la jeunesse, à l’instar de Justine Henin ou de Kim Clijsters », réagit, ému, André Stoop, du Club Alpin Belge. Elle était polyvalente, à l’aise partout. Elle avait du coffre, de la résistance, une détermination. Et surtout, elle parvenait à conjuguer la compétition, sa vocation et son idéal de vie : devenir guide de haute montagne et secourir les gens ».

Pour le ministre des sports André Antoine (CDH), « la Communauté française perd une de ses plus grandes sportives de haut niveau ». Rappelant au passage le glorieux palmarès de cette grimpeuse d’élite sous contrat avec l’Adeps, championne de Belgique à plusieurs reprises et titulaire de nombreuses récompenses internationales.

Ainsi, cette année, en Coupe du monde, la grimpeuse belge a obtenu quatre médailles, dont deux en or. Et, le 1er août dernier, à Munich, lors du championnat du monde de bloc, elle a décroché une belle troisième place.

L’escalade, disait-elle, « c’est comme une drogue, je ne pourrais pas m’en passer ». Voies royales, falaises, glaciers, grands canyons… Chloé Graftiaux était tout le coup, de toutes les surfaces. Son email : « born to climb » (« née pour grimper ») parle de lui-même. Dans le milieu, on la décrit comme « obstinée », « volontaire », « polyvalente ». Une « grimpeuse versatile », souligne le site belclimb.net, « qui s’épanouit grâce à une vie de grimpe au jour le jour et qui prend forme dans la durée ».

Née le 18 juillet 1987 à Bruxelles, Chloé a débuté l’escalade à l’âge de 10 ans avec sa soeur Alix. A 19 ans, elle a quitté la Belgique pour Chambéry, dans les Alpes. En 2007, elle décroche son brevet d’Etat d’éducatrice sportive (escalade/canyon) et deux ans plus tard celui de pisteur-secouriste. « Elle souhaitait entrer à l’Ensa, le top de l’école d’alpinisme », rappelle André Stoop. Pour ce faire, elle avait sollicité la nationalité française. « Guide de haute montagne, c’était un véritable idéal ». Chloé Graftiaux avait d’ailleurs obtenu une bourse de la Fondation belge de la vocation. Elle adorait le monde des montagnards et évoquait volontiers « cet état d’esprit, le fait de se donner à fond, de s’entraîner pour être mieux à même d’aider les gens, de prendre des risques et même parfois de mettre sa vie en danger pour aller secourir d’autres personnes ».

Samedi après-midi, la grimpeuse belge a effectué une chute de 600 mètres. « Notre peine est tellement grande que nous n’en voyons par le fond comme le vide qui t’a happée, écrivait dimanche ses proches. Pourtant, tu es toujours là (…) Tu es à jamais la vie, la vie avec passion, avec détermination, sans arrière pensée, sans retour en arrière, avec joie et fougue ».

DORZEE,HUGUES
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