« Nous allons bien, dans le refuge, tous les 33 »

Santiago

De notre correspondante

Nous allons bien, dans le refuge, tous les 33. » C’est le message que le Chili n’attendait plus après 17 jours de silence. Quelques mots envoyés dimanche à la surface par les 33 mineurs chiliens et boliviens, bloqués à près de 700 mètres de profondeur dans la mine de cuivre et d’or de San José, à 800 km au nord de Santiago.

« Ceci sort des entrailles de la terre », a lancé le président Sebastian Piñera à la presse, brandissant les mots écrits en gros et en rouge sur un bout de papier, à l’abri dans une pochette plastique. « C’est le message de nos mineurs qui nous disent qu’ils sont vivants, qu’ils sont unis, qu’ils espèrent voir la lumière du soleil et embrasser leurs familles. »

Comme une traînée de poudre répandue en direct et en continu par l’ensemble des médias, la nouvelle arrive bientôt dans tout le pays. On y suivait, avec angoisse, depuis le début, les avancées des secours. Bientôt, on entend sur toutes les lèvres : « Ils sont vivants, c’est un miracle ! » Comme les sauveteurs et les familles, qui vivent sur le site même de la mine depuis le début de l’accident, les Chiliens sautent de joie, applaudissent, s’effondrent en larmes, prient, klaxonnent de joie. Dans les villes, les gens se regroupent naturellement sur les places pour brandir le drapeau chilien, entonner l’hymne national, en criant parfois « Dieu est grand ».

Quelques heures plus tard, une caméra capte des images des mineurs. Le président explique : « J’ai pu voir huit ou neuf mineurs levant les bras, et avec leurs lampes frontales allumées. Ils étaient torse nus, plusieurs se sont approchés de la caméra, avec des visages d’enfants. » En soirée, un extrait passe sur toutes les chaînes de télévision, des lumières et un visage apparaissent. C’est la fin de l’incertitude.

Dès l’éboulement du 5 août, l’organisation des secours est prise en main par le gouvernement, qui s’entoure de spécialistes de l’entreprise publique chilienne Codelco, numéro un mondial de production de cuivre. Ils écartent les propriétaires, Alejandro Bohn (qui détient 60 % de la mine) et Marcelo Kemeny (qui en détient 40 %) d’une mine qui présente des problèmes de sécurité. Une mine fermée en 2007 par les autorités pour ses manquements aux normes les plus élémentaires, mais étrangement rouverte en 2008…

Après plusieurs tentatives vaines pour entrer dans la mine, le président Piñera annonce que des sondes creuseront la terre pour établir un contact avec les mineurs. Un travail basé sur des cartes, mais également sur la chance. Dimanche matin, les techniciens qui manœuvrent une des huit sondes, sentent des vibrations étranges, comme des coups portés à la pointe de la sonde qui est arrivée à 688 mètres de profondeur, dans un tunnel, situé à vingt mètres du refuge où on suppose que se trouvent les mineurs. Puis la sonde ressort avec une tâche de peinture rouge. Vers 14 heures, le ministre de la Mine, Laurence Golborne, retire délicatement de la pointe de la sonde un sac plastique mouillé, plein de boue, maintenu par un élastique et un fil de fer. A l’intérieur, des bouts de papier pliés.

Une lettre personnelle du mineur Mario Gomez à son épouse, Lila. Il est à 63 ans le vétéran des 33 mineurs, il est mineur depuis l’âge de 12 ans. Il semble s’être érigé comme le leader du groupe, et explique, dans sa lettre, qu’il leur reste de l’eau et de la lumière. Il y a aussi un mot expliquant que la sonde est arrivée au niveau 44 de la mine et les paroles rassurantes écrites en rouge qui ont fait bouillonner le cœur des familles d’allégresse.

« Les mineurs sont extrêmement habiles et intelligents », s’est ému le ministre. Les familles n’ont jamais perdu l’espoir de retrouver leurs proches, dont le plus jeune, Jimmy Sanchez, a tout juste 19 ans. Des familles qui ont fêté la nouvelle jusque tard dans la nuit autour d’un « asado » géant, une grillade-party en musique.

Les 33 mineurs ont « probablement perdu autour de 8 à 9 kilos » selon Raul Martinez, secrétaire régional de la Santé d’Atacama : il ferait entre 32 à 36 degrés. Ils souffrent de déshydratation. Les autorités ont donc fait parvenir dimanche soir aux mineurs de l’eau, des médicaments, ainsi qu’un questionnaire pour déterminer l’état de santé de chacun d’eux, à travers le trou étroit creusé par la sonde. Ils devaient recevoir du sérum liquide, du glucose, de l’oxygène et une alimentation énergétique. Car les mineurs ne sont pas près de sortir. Le trou creusé par la sonde fait une dizaine de centimètres de diamètre. Il faut creuser un autre trou. Les travaux de la sonde spéciale, capable de creuser un trou à la verticale de 66 cm de diamètre, devraient commencer aujourd’hui. Ils pourraient durer trois à quatre mois. L’histoire ne fait que commencer.

MARTIN,CLAIRE
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