Laurent Fignon a cessé de se battre

Décès Le double vainqueur du Tour est mort mardi à 50 ans

Laurent Fignon s’est battu jusqu’au bout. Dans la vie comme dans sa carrière de coureur, il a toujours affiché cette volonté de lutter, de ne pas se laisser abattre par le sort. Souffrant d’un cancer des voies digestives, révélé dans son livre (1) en 2009, il avait choisi de poursuivre ses activités au-delà de la douleur et d’une santé de plus en plus fragile. Emporté par la maladie ce 31 août à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, il avait encore assumé son rôle de consultant pour France Télévision tout au long du Tour.

« Je n’ai pas envie de faire pitié mais si ça peut apporter quelque chose à d’autres de voir que je me bats…, justifiait-il. Je crois qu’il est important quand on a cette maladie, suivant l’état de forme, d’essayer d’être une personne normale, de vivre normalement, de ne pas toujours penser à ce cancer qui vous ronge plus ou moins. »

Plus qu’un champion, c’est une personnalité qui laisse un vide dans le monde du sport et du cyclisme en particulier. Il laisse derrière lui un riche palmarès alors que la ligne qui a marqué les esprits restera sa défaite au Tour 1989 : battu de 8 secondes au terme du contre-la-montre décisif.

De quoi irriter un homme aux 76 victoires. « Ma fierté principale reste d’avoir gagné chaque année, dans toutes les circonstances, sur tous les terrains. J’aurais voulu être champion du monde, gagner plus de Tours, plus de classiques… Mais j’ai vécu des années fantastiques. »

Passé pro à 21 ans sous la houlette de Cyrille Guimard, équipier d’Hinault, il révèle les qualités d’un grand. Après avoir mené son chef de file à la victoire dans un Giro et une Vuleta, « Le Professeur » donnera la leçon en s’adjugeant 2 Grande Boucle d’affilée, en 1983 et 1984. Ses lunettes rondes et son profil cultivé s’accompagnent d’un potentiel physique impressionnant, modèle de récupération et de polyvalence.

Fignon peut briller partout, mais les blessures et la malchance le priveront ensuite d’un palmarès plus éloquent encore. S’il sauve plusieurs campagnes moins convaincantes par des coups d’éclat, une Flèche Wallonne et Milan Sanremo notamment, il réalise un retour au sommet, pour un grand cru 1989 : la Primavera, le Giro et un mano à mano avec LeMond dans le Tour, un duel de légende, perdu d’un rien. « Si je m’étais arrêté à ça, j’aurais tout laissé tomber. C’est pareil dans la vie. Je me suis endurci. Qui sait, mon cœur est peut-être à moitié fait de pierre. »

Longtemps associé à Guimard, un désaccord poussa l’homme entier qu’il était à finir son bail sportif dans la formation Gatorade de Bugno. En 1993, à 33 ans, il tire sa révérence, ne s’estimant plus en phase avec son sport.

Il affichera alors la même polyvalence dans sa reconversion. Organisateur d’épreuves, distributeur de cycles à son nom pour les supermarchés Auchan, il trouvera une fonction à sa mesure comme consultant, pour Eurosport puis France Télévision.

Et si sa voie enrouée de juillet ne mentait pas sur son état de santé, il gardait son discours avisé, sans concession mais honnête, évoquant ouvertement sa relation à la triche et la prise de produits interdits. « Je ne vais pas dire que cela n’a pas joué. Je n’en sais rien. C’est impossible de dire oui ou nom. D’après les médecins, apparemment non. »

A son image, Laurent Fignon a lutté et, s’il s’est finalement incliné, c’est en symbole de volonté qu’il s’en est allé.

(1) Nous étions jeunes et insouciants, Grasset.

Fignon en bref

Nom. Laurent Fignon.

Naissance. 12 août 1960 à Paris.

Equipes. Renault (1982-1985), Système U (1986-1989), Castorama (1990-1991), Gatorade (1992 et 1993).

Courses d’un jour. Championnat de France 1984, Milan-Sanremo 1988 et 1989, Flèche Wallonne 1986, GP de Plumelec 1983, Paris-Camembert 1988, GP des Nations (contre-la-montre) 1989, Trophée Baracchi et GP de Baden-Baden (contre-la-montre avec Thierry Marie) 1989.

Courses par étapes. Critérium international 1982 et 1990, Semaine Sicilienne 1985, Tour de la Communauté européenne 1988, Tour des Pays-Bas 1989, Ruta Mexico .

Tour de France. Vainqueur en 1983 et 1984 ; 2e en 1989 ; 9 étapes ; maillot jaune pendant 22 jours.

Tour d’Italie. Vainqueur en 1989. 2e en 1984 ; 2 étapes ; maillot rose pendant 16 jours.

Tour d’Espagne. 3e en 1987 ; 2 étapes.

GREGOIRE,JOEL

Cette entrée a été publiée dans Sport, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.