Chili La foreuse « Strata 950 » a commencé son travail de titan

San Lorenzo est le saint patron des mineurs. C’est aussi le nom de code de l’opération de sauvetage des trente-trois mineurs coincés depuis près d’un mois dans le fin fond d’une mine chilienne. Les moyens mis en œuvre sont conséquents : depuis lundi, la « Strata 950 », une gigantesque foreuse australienne de 30 tonnes, est au travail. Son objectif : percer un puits vertical de 702 mètres qui permettra d’extraire les prisonniers.

Mais si l’engin est puissant, les conditions ne sont pas faciles. L’état des sols et la topographie des lieux ne permettent pas de creuser plus de 15 mètres par jour. Le bout du tunnel est encore loin : ce n’est que dans trois à quatre mois que les mineurs retrouveront la lumière du jour. « Malheureusement nos mineurs ne fêteront pas avec nous le Bicentenaire [de l’indépendance du Chili, le 18 septembre], mais nous ferons tout ce qui est humainement possible pour qu’ils puissent fêter Noël avec leurs familles », a déclaré Sebastian Pinera, le président chilien.

Selon des experts de la Nasa dépêchés sur place, il ne faut cependant donner aucune date précise de sortie aux mineurs. Histoire d’éviter les faux espoirs…

Les excuses de l’entreprise

Pendant ce temps, à 700 mètres sous le sol, le moral des troupes ne semble pas mauvais. Les images des premiers jours montrant des torses nus, des visages sales et des barbes hirsutes sont déjà oubliées. Sur une vidéo récente, les familles des victimes ont pu découvrir leurs proches rasés, propres et souriants. « Ils sont tout beaux avec leurs nouveaux habits », a raconté la femme d’un des mineurs. Ceux-ci reçoivent très régulièrement, par sonde, de quoi se ravitailler et se refaire une beauté. Grâce à un lecteur MP3, ils peuvent dorénavant aussi écouter de la musique.

A leur demande, les mineurs ont également reçu des livres d’aide et de développement personnel, ainsi que des recueils de contes et des Bibles de poche. « Ils vont tous bien. Ils demandent juste qu’on les sorte vite », a affirmé le frère d’une autre victime.

L’affaire, qui connaît un retentissement international important, a également été prise en charge par le Parlement de Valparaiso. Une commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’accident du 5 août et la sécurité de la mine a été créée. Les propriétaires de la mine, qui avait déjà été fermée en 2008 suite à un accident, ont été invités à s’y exprimer. Lors de débats retransmis à la télévision, ils ont présenté leurs premières excuses publiques. « La douleur causée par cette situation, non voulue et non prévue par nous, justifie que nous demandions pardon, pour l’angoisse qui a été éprouvée ces jours-ci », a déclaré Alejandro Bohn. « Cette situation est terrible et nous espérons qu’elle trouve très rapidement une issue heureuse », a-t-il poursuivi.

entretien

« Ils ne sont ni volontaires,
ni préparés »

Le Français Claude Bachelard est médecin des terres australes et antarctiques françaises. Son boulot consiste à préparer les scientifiques qui partent en mission dans le Pôle Sud. L’isolement collectif, c’est une situation qu’il a appris à gérer.

Peut-on comparer la situation des mineurs prisonniers avec celle d’autres catégories de personnes ?

Les mineurs chiliens se trouvent dans une situation d’isolement majeur et de confinement. C’est aussi le cas des astronautes, lorsqu’ils sont dans l’espace, ou des explorateurs en mission dans une station polaire. Mais il y a aussi une grosse différence : les mineurs n’étaient pas volontaires ! De plus, ils n’étaient pas préparés à ce qui les attendait. Malgré le ravitaillement qui leur parvient, leur situation reste précaire. Ils vivent sans confort, en groupe relativement important. Il n’y a même pas de lit de fortune. On peut parler de milieu extrême.

Qu’est-ce que les experts de la Nasa peuvent leur apporter ?

La NASA dispose d’une grande expertise dans la gestion de personnes se trouvant dans des situations de confinement. Elle va pouvoir détecter les éventuels problèmes d’adaptation ou médicaux. Elle va aussi aider les mineurs à s’organiser entre eux, à trouver des occupations. Ce qui est très difficile pour les victimes, c’est qu’elles se retrouvent soudainement sans la moindre activité. Leur esprit n’est pas occupé à une tâche. Ce qui peut leur faire trouver le temps long.

Pour le moment, le moral des mineurs semble bon. Pensez-vous que cela va durer ?

Il y a naturellement un risque d’évolution négative. Quatre mois, ce n’est pas rien ! Il est important de tenir les mineurs au courant de l’évolution du forage. Il faut leur faire sentir que ça avance. Sans pour autant leur donner tous les détails.

Pourrait-on imaginer que cette catastrophe permette à la science de faire des progrès ?

Cette expérience confirmera peut-être certains résultats antérieurs mais je ne pense pas qu’elle puisse apporter des éléments neufs. Pour cela, il aurait fallu prévoir la catastrophe, élaborer des protocoles etc.

AFP,STAGIAIRE
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