Le choc

« C’est le dossier Dutroux de l’Eglise »

Un choc. La presse avait beau s’y attendre. Elle a encaissé, vendredi matin, à Louvain, face au pédopsychiatre Peter Adriaenssens, président de la Commission instaurée en 2000 par l’Eglise pour aider les victimes d’abus sexuels commis par les prêtres. Un Adriaenssens digne, humble qui, dressant le bilan de la Commission, n’hésite pas à parler du « dossier Dutroux de l’Eglise », pour bien en marquer la portée.

Le rapport livre une centaine de témoignages de victimes de prêtres et de clercs issus des congrégations religieuses. Des textes glaçants, révoltants, que les auteurs ont accepté de rendre publics. La Commission recense, au total, 475 victimes, dont 13 se sont suicidées, selon leurs proches.

Les faits remontent, pour l’essentiel, aux années 1950 à 1989. Dans plus de la moitié des cas, l’auteur est inconnu. Et sur les 184 abuseurs identifiés, 95 sont décédés… A peine une quinzaine de dossiers, tous transmis à la Justice, se sont déroulés au cours des 20 dernières années.

L’impact du document est au-delà des chiffres. Pour la première fois, la douleur des « survivants », comme les désigne Peter Adriaenssens, est exposée au grand jour. Une souffrance immense s’en dégage. Que ni l’Eglise, ni la Justice, ni la société n’ont été capables d’apaiser. Un gâchis.

La Commission Adriaenssens, qui s’est sabordée au terme de la saisie de ses dossiers par le juge d’instruction De Troy, a fait ce que beaucoup d’autres s’abstenaient de faire : écouter les abusés, les comprendre, leur rendre toute la place qu’ils méritent.

« Bien sûr, admet Peter Adriaenssens, la plupart des faits sont anciens. La société a évolué. L’école et les parents sont plus à l’écoute des droits des enfants. Mais rien n’indique que la proportion de pédophiles ait diminué. Où sont-ils aujourd’hui ? Il nous revient de prendre les mesures qui s’imposent pour protéger les enfants. Et apaiser la douleur des survivants. »

L’archevêque se tait

Le rapport établit crûment la responsabilité morale de l’Eglise, la loi du silence qui y a régné et qui y règne encore… L’archevêque Léonard, informé de la teneur du document, jeudi, n’a pas livré le moindre commentaire. Même mutisme du côté du cardinal Danneels, qui est resté, pendant quarante ans, à la tête de l’Eglise catholique de Belgique.

La Commission a aussi recueilli des témoignages d’abus sexuels commis par un psychiatre, un thérapeute. Et d’autres faits « passés sous silence » dans l’armée, le sport de haut niveau, voire au sein d’une entreprise. « La société compte des adultes qui sont ou ont été victimes d’abus sexuels et qui ne savent pas à qui s’adresser. »

Bref, il est des enfants à protéger, des victimes adultes à apaiser et des abuseurs à prendre en charge sur le plan psychosocial à défaut de pouvoir leur imputer une responsabilité pénale… Des enjeux de société. Qui dépassent, de loin, les compétences de la conférence épiscopale.

Mais les derniers mots de Peter Adriaenssens sont tout de même adressés aux évêques et aux supérieurs des congrégations religieuses. Il les incite, au nom de la Commission, à faire preuve de « plus de courageLes victimes attendent et méritent une Eglise courageuse qui ne craint pas d’être confrontée à sa vulnérabilité, de la reconnaître, de coopérer à la recherche de réponses équitables, de donner à l’histoire un lieu qui l’empêche de tomber dans l’oubli. »

GUTIERREZ,RICARDO
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