Spontin boit la tasse

Boissons La faillite a été prononcée, des repreneurs se sont fait connaître mais…

Même si elle n’est plus sur les tables de cuisine ou de café depuis longtemps, l’eau de Spontin est une marque qui persiste dans l’inconscient de plus d’une génération de consommateurs en Belgique. Et plus encore aux Pays-Bas où sa notoriété est, paraît-il, plus grande encore. Si on ne boit plus de Spontin en direct, les sources de la région de Dinant restent néanmoins indirectement présentes dans les palais des consommateurs : Spontin fait partie des zones de captage de Vivaqua qui fournit la région bruxelloise en eau potable et, depuis des années, c’est de l’eau des sources de Spontin qui pétille dans le Lipton Ice Tea embouteillé pour le secteur horeca. Sauf que là, elle ne pétille plus.

Depuis le 8 septembre, le tribunal de Commerce de Dinant a officiellement prononcé la faillite de la société Spontin SA, un des plus importants employeurs de la commune d’Yvoir. Trente-deux personnes se retrouvent sur le carreau. Elles s’y attendaient un peu puisqu’elles étaient au chômage technique depuis le mois de mars, juste avant la « grosse saison », quand on fait venir des renforts pour fournir les clients durant les chaleurs de l’été. « Alors que le carnet de commande est plein » ressasse Alphonse Legait, électromécanicien chez Spontin depuis plus de 26 ans et par ailleurs délégué syndical CSC. Une drôle d’histoire, symbolique à plus d’un point.

L’eau et Spontin sont intimement liés. Depuis longtemps, les sources de Duchesse, Presbytère et Clairchant ont une réputation curative. Sous Napoléon, paraît-il, la Duchesse avait ses habitués…

En 1922 est créée la Compagnie Générale des Eaux Minérales et Gazeuses. Contrairement aux autres grandes groupe (Chaudfontaine, Spa…), ici les sources ne sont pas propriétés communales mises en concession mais propriétés propres. Spa les rachète en 1956 puis les intègre dans le groupe Spadel. Ce sont les seules sources en pleine propriété du groupe… « On a toujours été le petit Poucet du groupe » résume Alphonse Legait. Spadel finit par intégrer Spontin dans sa filiale Bru-Chevron SA et par dissoudre Spontin SA. Puis d’en céder les activités, en 2007, à des entrepreneurs Néerlandais.

Auparavant, cependant, Spadel participe à la première mort de Spontin, en la déclassant du statut d’eau minérale naturelle en « simple » et moins rentable eau de source. « Il y avait des problèmes de stabilité ne permettant plus de garantir l’appellation, beaucoup plus stricte d’eau minérale », explique-t-on aujourd’hui chez Spa Monopole. Où la séparation définitive du groupe se justifierait par la volonté de recentrer les activités sur le core business des eaux minérales.

Quoi qu’il en soit, Spontin a du coup perdu de sa valeur potentielle. Mais il faut dire aussi que l’activité a changé. La production d’eau en bouteille a fait place à de l’embouteillage « à façon ». Le gros client, c’est le géant Unilever à travers PLi (Pepsi Lipton International) pour assurer la confection de l’Ice Tea en bouteille de verre (200ml) et PET (500ml). Une activité qui représente plus de 80 % du chiffre d’affaires et des activités de la nouvelle société. « Mais c’est Unilever qui nous a tués, explique dépité Léonard Freeke, l’homme finalement placé à la direction par les nouveaux actionnaires. Il a exigé d’un coup une diminution de 30 % ».

On pourrait s’arrêter là. Sauf que l’histoire semble bien plus compliquée et complexe. Et que la source n’est visiblement pas tarie. Côté syndical, on n’est pas tendre avec les repreneurs. L’investissement dans une ligne de mise en « tertrapack » et le projet de diversification par des sirops de fruit bio (genre Teisseire) vendus aux Pays-Bas ne trouve aucune grâce à leurs yeux. « La production ne l’intéressait pas estime Philippe Hanseval (CSC). Mais le carnet de commande pour Unilever était plein et il refusait qu’on travaille parce que le contrat signé n’’était plus valable à ses yeux. » Il faut alors peu de temps pour que l’endettement de la société refroidisse les banques et impose une réaction. Le volet juridique débute.

Un mandataire judiciaire est désigné par le tribunal de commerce de Dinant. L’objectif est de sauver l’activité « par transfert d’activité ». Il faut donc trouver des repreneurs. Trois sont en lice. Mais ils posent tous les mêmes conditions : renégocier le contrat avec Unilever et disposer des pleins droits sur le nom « Spontin ». Qui vient de faire l’objet d’un contrat de licence à des sociétés néerlandaises liées aux actionnaires en août ! C’est la goutte qui fait déborder le vase et perdre la confiance du mandataire judiciaire qui active la mise en faillite. Pour sauvegarder l’eau de Spontin et le potentiel d’activité. Deux curateurs ont été désignés. Le propriétaire défend sa bonne foi et assure que tout est transparent, qu’il y a beaucoup d’accusations non fondées, que le contrat de licence n’est qu’une excuse… L’histoire se complique, l’eau se trouble. Mais immanquablement, il devrait y avoir une suite.

RENETTE,ERIC
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