Hugo Chavez mis en échec

Venezuela Le président voulait garder sa majorité des deux tiers

ANALYSE

Même s’il a formellement gagné les législatives par 94 sièges contre 62 pour l’opposition, le président du Venezuela Hugo Chavez vient de subir une vraie défaite : il a perdu sa confortable majorité des deux tiers qui lui permettait de gouverner sans entraves. Et il se retrouve avec, face à lui, pour la première fois, une opposition certes disparate mais unie.

Les Vénézuéliens avaient compris que l’enjeu était d’importance : plus de 66,45 % des électeurs – un record – se sont déplacés dimanche pour participer à ces législatives. Car, à deux ans des présidentielles de 2012, Chavez, au pouvoir depuis 1999, avait fait de ce scrutin une espèce de référendum sur sa popularité, une mise en bouche avant ces présidentielles qu’il compte bien remporter.

Mais l’opposition a réussi à se fédérer et à proposer une liste unique (Mesa de la Unidad démocratica, MUD), histoire de ne pas répéter l’erreur fatale de 2005 : à l’époque, elle avait préféré boycotter les législatives, estimant que l’Assemblée qui en sortirait serait privée de légitimité. Résultat : Chavez avait eu les coudées entièrement libres pour imposer son agenda, l’Assemblée lui étant entièrement acquise.

La MUD a donc réussi à empêcher le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) (le parti de Chavez) d’obtenir ces 110 sièges qu’il visait, garants de cette précieuse majorité des deux tiers.

Chavez battu en 2012 ?

Plus grave encore : l’opposition affirme avoir remporté 52 % des voix. En l’absence de pourcentages officiels, beaucoup estiment plus juste un score de plus ou moins 50 %. Si cela se vérifie, cela voudrait dire que Chavez aurait éventuellement pu être battu si ces élections-ci avaient été les présidentielles. Sauf que l’opposition ne dispose d’aucun candidat ayant le même charisme phénoménal que Chavez. Il y a bien le maire de Caracas, Antonio Ledezma, mais il fait pâle figure face au tonitruant chef de l’Etat…

La relative défaite du parti présidentiel aurait sans doute été pire si les autorités n’avaient procédé, avant ces élections, à un habile redécoupage électoral donnant plus de poids aux zones rurales, où le président est toujours très populaire, au détriment des villes où l’opposition a réussi une belle percée.

De plus, une loi adoptée en décembre dernier accorde un avantage majeur à la liste qui arriverait en tête : avec 51 % des voix, elle conquiert plus de 70 % des sièges… Les résultats seront forcément affinés dans les heures qui viennent, mais la principale leçon de ces élections c’est que Chavez n’est plus cette insolente machine à remporter haut la main élections et référendums.

Il a passé plus de 11 ans à la tête du pays : on peut donc à juste titre évoquer l’usure du pouvoir. Mais pour Patricia Betancourt, journaliste vénézuélienne pour la revue Ecos, « Chavez paie le prix de son incapacité à gouverner, à administrer. Il avait en mains tous les atouts : une popularité record, un appui des opérateurs économiques, et un prix très élevé pour le pétrole, la première ressource du Venezuela. Or le pays est en plein marasme : il y a eu des coupures d’électricité pendant toute cette année, des pénuries de denrées alimentaires, le chômage a grimpé en flèche, tout comme l’insécurité. Même la santé publique fonctionne mal, et l’éducation a tendance à transformer les enfants en petits socialistes. il y a vraiment eu un gros ras-le-bol de la population ».

Certes, Chavez a toujours de nombreux partisans, surtout dans les milieux les plus pauvres à qui il a donné pour la première fois visibilité et dignité. Mais, face aux défauts de sa gouvernance, la classe moyenne progressiste qui le soutenait s’est lassée.

CONTEXTE

Le problème

Habile en politique, Hugo Chavez a jusqu’ici réussi à contourner ses rares échecs : lorsqu’Antonio Ledezma, candidat d’opposition, a été élu maire de Caracas fin 2008, Chavez a réussi à vider cette fonction de tous ses pouvoirs, créant une mairie-bis et y plaçant un fidèle.

L’enjeu

Alors que la nouvelle Assemblée ne siégera que dans trois mois, beaucoup se demandent ce que le président va mettre au point pour conserver sa liberté de manœuvre, puisqu’il vient de perdre sa majorité des deux tiers.

A suivre

Cette Assemblée, composée presque exclusivement de radicaux pro ou anti-Chavez, risque en tout cas d’être explosive.

KIESEL,VERONIQUE
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