Rossel candidat au « Parisien »

Presse Associé à Fondations Capital

C’est Le Monde qui relatait récemment l’anecdote. Voici quelques semaines, en pleine tourmente autour de la recapitalisation du Monde, Nicolas Sarkozy recevait quelques journalistes en interview. Interrogé sur l’avenir du prestigieux quotidien parisien, le président de la République avait répondu : « Vous, les journalistes, vous ne voyez jamais ce qui est important, Vous n’en avez que pour Le Monde. Ce qui est important, c’est que Le Parisien est à vendre. »

Quand on connaît l’importance stratégique que Sarkozy accorde aux médias, on comprend l’enjeu de la partie dans laquelle vient d’entrer le groupe Rossel. Plus important groupe de presse de Belgique francophone (50 % du marché), éditeur du Soir, de L’Écho, des quotidiens du groupe Sud Presse et de La Voix du Nord, Rossel vient de s’associer avec un fonds d’investissement français, Fondations Capital, conseillé par l’ancien patron de TF1 Patrick Le Lay, afin de formuler une offre pour le rachat du Parisien. Les deux parties doivent encore s’entendre sur la structuration chiffrée de cette offre mais, sur le fond, les choses sont claires : Fondations Capital est le principal financier de l’opération, Rossel apporte son expertise industrielle.

Dassault indispose

En juin dernier, le groupe Amaury, éditeur d’un autre poids lourd de la presse parisienne, L’Équipe, et organisateur via ASO (Amaury Sport Organisation) du Tour de France et d’autres importants événements sportifs, avait décidé de mettre en vente son quotidien généraliste, confronté, pour la première fois depuis 20 ans, à un recul de ses ventes. Jadis connu sous le titre Le Parisien libéré, il est devenu en 1986 Le Parisien dans la capitale et a lancé une édition nationale sous le titre Aujourd’hui en France. Ce qui en fait un titre hybride : régional à Paris, national en province. Sa ligne éditoriale, neutre mais surtout à la fois populaire (par son approche) et de qualité (par ses sujets), en a fait la grande réussite des dernières années dans la presse quotidienne française : Le Parisien/Aujourd’hui en France vend quotidiennement environ 470.000 exemplaires dont les deux tiers en région parisienne, c’est le premier titre de la presse nationale.

Il n’est pas impossible, c’est même sûr, que le personnel du Parisien observe d’un bon œil l’arrivée de cette candidature franco-belge. Selon la presse française, Amaury espère retirer 200 millions de la vente de son titre. Plusieurs candidats ont été cités (Axel Springer, Bolloré, le fonds Mecom) mais, à l’heure actuelle, la seule offre avérée émane de la Socpresse, le groupe de Serge Dassault, éditeur du Figaro.

Et c’est bien cela qui indispose. Dassault est en effet un proche de Sarkozy, il est sénateur UMP de l’Essonne et son fils député UMP de l’Oise. La Société des journalistes du Parisien a récemment rappelé que le quotidien est « un journal régional et national dénué d’esprit partisan et qui ne peut être au service d’un homme, d’un clan, d’une entreprise ou d’un parti politique ». Le syndicat SNJ-CGT parle, lui, d’ « une nouvelle et dramatique concentration de titres de la presse écrite au profit des amis de Nicolas Sarkozy ». Le Parti socialiste a d’ailleurs estimé que le rachat du titre par Dassault constituerait une « grave menace pour le pluralisme de l’information » alors que Dominique de Villepin, rival de Sarkozy à droite, veut déposer une proposition de loi pour empêcher ce rachat.

Fondations Capital et Rossel s’engagent pour leur part à respecter l’indépendance du titre. L’offre de Rossel (qui s’étend actuellement de Bruxelles à la Picardie, soit aux portes de Paris…) apparaît donc comme celle d’un éditeur de presse sans visée politique et dont la gestion de La Voix du Nord est reconnue comme un modèle en France.

LAUWENS,JEAN-FRANCOIS
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