Bye bye Tony

 

 

 Tony Curtis est mort à 85 ans. Il était une des dernières stars de l’âge d’or d’Hollywood.

 Cinéma

 Tony Curtis, c’est d’abord ce regard d’arsouille. Cette paire d’yeux qui pétillaient probablement depuis sa naissance dans le Bronx, à New York, où le futur comédien était né 3 juin 1925 sous le nom de Bernard Schwartz. Deux yeux dans lesquels il n’était pas bien compliqué de se plonger pour imaginer les quatre cents coups qu’a faits cette insatiable canaille. Un air de pas y toucher. Mi-moqueur, mi-malicieux. Pas la peine d’être scénariste de bande dessinée pour imaginer la bulle au-dessus de la tête de celui qu’on surnommait Anthony (Curtis) ou Bernie (Shwartz). On s’y risque. « Les mecs ? J’ai eu dans mon lit les plus belles femmes du monde ! » ou « Fils, j’en ai vu plus que tu n’en verras jamais dans toute ta vie, celle de tes parents et de tes grands-parents avec ».

 

 Tony Curtis, qui changea son nom dans les années quarante afin d’échapper à l’antisémitisme ambiant, n’a d’ailleurs jamais caché que le secret d’une vie longue et heureuse se trouvait dans la salive de ces dames. Il fut d’ailleurs marié six fois et on lui prête des dizaines et des dizaines d’aventure. À sa décharge, son physique était à tomber.

 Il ne faut pas remonter bien loin et trouver pourquoi l’homme habitué aux rôles de séducteurs (mais pas seulement) avait un goût immodéré pour la luxure, l’argent, les femmes et autres plaisirs illicites. On raconte que dans les années 80, Tony Curtis, accro à la cocaïne, restait terré dans sa chambre d’hôtel vêtu d’un simple kimono et accueillait le visiteur un sabre de samouraï à la main…

 Sans verser dans le misérabilisme à deux balles, Tony Curtis cachait derrière son immodéré goût de la fête les cicatrices d’un début de vie « difficile » et traumatisante. Né de parents juifs hongrois qui émigrèrent à New York, Tony et ses deux frères Julius et Robert ont eu une enfance au pain sec et à l’eau dans la boutique fatiguée de son papa tailleur.

 Cerise sur le gâteau, la maman a une santé mentale déficiente. « Quand j’étais gamin, a souvent confessé l’acteur, Maman me filait des tartes, elle était très agressive ». Les débats collatéraux ne se font pas attendre. Robert se retrouve en institution psychiatrique et Julius, en 1938 et avant la bar-mitzva de Tony, se fait percuter par un camion. Les deux frères ne faisaient qu’un. Et le cœur de Tony de se briser en mille morceaux.

 Le reste appartient quasi à l’histoire. La rue. Les amitiés toxiques. La maison de redressement. Et la guerre. Où Curtis s’illustre à bord du sous-marin USS Proteus où il assiste, de visu, à la capitulation japonaise dans la baie de Tokyo.

 En 1945, Tony Curtis auditionne à tout va. Et adopte son nouveau nom d’après le roman de Hervey Allen Anthony Adverse (1936). Après quelques séries B – l’époque est au western –, le bellâtre se frotte au légendaire James Stewart dans Winchester ’73 (1950).

 Les fifties démarrent par le premier de ses six mariages : avec la comédienne Janet Leigh. Jamie Lee, la plus connue de ses deux filles, naît de cette union. Si Tony est d’une rare beauté, il est aussi balèze physiquement comme en témoigne son premier grand rôle dans Trapèze, avec Burt Lancaster (1956).

 Trois ans plus tard, c’est la consécration sous la direction du maître de la comédie Billy Wilder où il donne la réplique à Jack Lemmon dans Certains l’aiment chaud. Et tombe raide amoureux de Marilyn Monroe. « Je l’avais dans la peau ! J’en étais bleu pendant toutes ces années ! »

 En 1960 et sous les traits du poète Antoninus, il irradie l’écran ajoutant une tension quasi sexuelle dans Spartacus de Stanley Kubrick. Tony Curtis déclarera à propos du tournage que son partenaire Kirk Douglas « était coriace mais Stanley l’était encore plus ».

 Curtis tourne avec les plus grands et pour les plus grands. Natalie Wood, William Holden, John Huston (Le dernier de la liste), est copain comme cochon avec Gregory Peck, Burt Lancaster et Jack Lemmon, bien sûr, mais il nourrira aussi une affection pour l’homme Cary Grant et une grande admiration pour le comédien qu’il était, lui aussi. Mais bien qu’aussi populaire que ses potes de plateaux, il n’a jamais reçu le moindre Golden Globe ni le moindre Oscar. Oscar du meilleur acteur qu’il espérait secrètement pour son rôle fourbe et maléfique dans L’étrangleur de Boston. Rôle pour lequel il fut nominé. Et rôle où ce Milord l’Arsouille se métamorphose en acteur dramatique éblouissant.

  Au début des années septante, au volant de sa Dino 246 GT, Tony Curtis connaît une seconde carrière à la télévision. C’est Amicalement Vôtre où il est Dany Wilde, le bad boy du Bronx, qui fait face au flegme et à l’élégance toute britannique de Lord Brett Sinclair (Roger Moore). Avec ses 24 épisodes, la série reste culte de chez culte.

  Tony Curtis a passé ses dernières années à peindre. Ses toiles atteignent dans les ventes les 25.000 dollars. Il a son étoile sur la célèbre Walk of Fame, sur Hollywood Boulevard à Los Angeles. Il était, depuis 1995, chevalier de l’ordre français des Arts et des Lettres.

  Tony Curtis était un Don. Un Prince. Un Seigneur. Un amoureux de la vie qu’il a croquée à pleines dents, comme cette Grosse Pomme qui l’a vu naître il y a 85 printemps.PHILIPPE MANCHE

 Ses meilleurs films

 1958

  Les Vikings

  Richard Fleischer mène l’affrontement entre Kirk Douglas et son demi-frère Tony Curtis. Temps farouches, combats, cruauté. Curtis joue la moitié du film sans main gauche, coupée par ces barbares.

 1960

  Spartacus

 Stanley Kubrick confie le rôle d’Antoninus le poète, qui rejoint Spartacus, à Tony Curtis, qui le joue avec une tension quasi sexuelle, étonnante dans ce film épique sur la révolte des esclaves de Rome.

 1968

  L’étrangleur

  de Boston

 Fleischer encore. Tony est Albert DeSalvo, qui étrangla treize femmes entre 1962 et 1964. Il y montre qu’il n’est pas qu’un playboy, un comique ou un héros de films commerciaux.

 1971

  Amicalement vôtre

 En 24 épisodes (seulement), Tony Curtis et Roger Moore ont cassé la baraque télé. Danny Wilde (Tony) le gouailleur et Brett Sinclair (Roger) l’élégant y jouent les redresseurs de torts. On voit que les acteurs s’amusent. Nous aussi.

 1959

  Certains

  l’aiment chaud

 La folle course de deux musiciens, Jack Lemmon et Tony Curtis, poursuivis par la mafia et qui, déguisés en femmes, s’immiscent dans un big band féminin. La caméra de Billy Wilder est virevoltante, Jack et Tony époustouflants et Marilyn Monroe d’une séduction tonique.

 MANCHE,PHILIPPE
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