Tentative de coup d’Etat contre Correa

Equateur Une protestation de l’armée dérape

Au cas où il m’arrive quelque chose, je veux dire que mon amour pour la patrie. » Réfugié dans une chambre d’hôpital à Quito après avoir été aspergé de gaz lacrymogène, le président d’Equateur Rafael Correa a lancé ce message alarmant jeudi lors d’une interview donnée par téléphone à une radio locale. « Des policiers tentent d’entrer dans ma chambre par le toit. S’il m’arrive quelque chose, ils seront responsables. La seule chose que j’aie à perdre, c’est la vie et je le ferai avec plaisir », a-t-il poursuivi, dénonçant une tentative de coup d’Etat. Le président avait tenté jeudi en fin de matinée de discuter avec des policiers du « régiment nº 1 », alors que 150 d’entre eux bloquaient l’aéroport de Quito, plusieurs casernes de police s’étant mutinées. Un coup de force décidé en réaction à une loi votée par le Parlement équatorien qui réduisait les primes d’ancienneté des fonctionnaires et notamment aux policiers et militaires. Mais le face-à-face s’est mal passé : le président s’est fait agresser verbalement et asperger de gaz lacrymogène. Furieux, il a affirmé qu’il ne ferait pas marche arrière. Avant d’être évacué pour être soigné dans un hôpital proche. Parallèlement, des policiers avaient envahi l’Assemblée nationale et tenté d’empêcher l’entrée des élus. Alors qu’une grande confusion

régnait – difficile de savoir quelles franges de l’armée et de la police étaient solidaires avec les insurgés – le commandant en chef des Forces armées Ernesto Gonzalez déclarait sa loyauté et ordonnait aux rebelles de se rendre. Alors que le gouvernement déclarait l’état d’urgence, le président et de hauts responsables du gouvernement appelaient la population à descendre dans la rue, notamment autour de l’hôpital où il avait trouvé refuge et que les policiers rebelles tentaient d’encercler. Selon une de nos sources en Equateur, « les choses se compliquent : une bonne partie de tous les secteurs organisés qui ont été affectés par des mesures prises par le gouvernement pourraient profiter de ces événements pour mener des revendications ». Le mouvement indien Pachakutik, opposé au président Correa, a notamment lancé un appel à se mobiliser contre lui en un front national : cela pourrait être dangereux pour la démocratie, la droite de l’ex-président Lucio Guttierez déclarant aussi vouloir le départ de Correa.

Venezuela, Pérou, Chili, Cuba et Brésil ont affirmé leur soutien au président et appelé à réunir les organisations régionales. L’Organisation des Etats américains devait notamment se réunir immédiatement en urgence – ainsi que l’Union des nations sud-américaines, à l’appel d’Hugo Chavez. La cheffe de la diplomatie européenne Catherine Ashton a appelé à la préservation de l’ordre constitutionnel et à la retenue, se disant « très préoccupée ». Et Washington a affirmé soutenir le gouvernement démocratique du président.

Avant l’arrivée au pouvoir de Correa en janvier 2007, l’Equateur a connu des troubles politiques au début des années 2000 : plusieurs présidents avaient été renversés.

Le PS de Di Rupo affirme son soutien à Correa

Le PS et son président Elio Di Rupo ont appelé, jeudi après 23 heures, « la communauté internationale à refuser toute légitimité d’éventuelles tentatives de renversement par des forces armées et de police félones », rappelant que Correa a été démocratiquement élu. Et ils ont salué la prise de position exprimée par Catherine Ashton (lire ci-dessus).

Correa le Belge

Ex-étudiant de LLN

Le président Rafael Correa est le plus belge des présidents latino-américains : il a jadis parachevé sa formation à Louvain-la-Neuve. C’est d’ailleurs dans cette cité universitaire qu’il a rencontré son épouse, devenue la mère de ses trois enfants, la Belge Anne Malherbe, sœur d’un de nos diplomates. Rafael Correa, 47 ans, a donc, dans les milieux progressistes, de nombreux amis en Belgique qui sont restés en contact avec lui et suivent avec passion sa carrière politique.

KIESEL,VERONIQUE
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