Ils ont osé braver la Chine

Depuis plusieurs années, ceux qui soutiennent le combat des dissidents chinois attendaient que le comité Nobel distingue un de ces courageux citoyens. Deux ans après les Jeux olympiques de Pékin, un an après le 20e anniversaire de la répression du printemps de Pékin en 1989 – et l’attribution cette année-là du Nobel de la Paix au Dalaï-lama –, les jurés d’Oslo ont finalement décidé de décerner le plus prestigieux de leurs prix au dissident Liu Xiaobo.

Cet homme de 54 ans avait été condamné à onze ans de prison par la justice chinoise pour avoir cosigné, fin 2008, un appel aux réformes politiques, la Charte 08, un texte faisant écho à la Charte 77 rédigée cette année-là en Tchécoslovaquie.

Comme prévu, Pékin a réagi avec mauvaise humeur. « Liu Xiaobo est un criminel qui a été condamné par les services chinois de la justice pour avoir violé le droit chinois », ont souligné les Affaires étrangères, courroucées, ajoutant que ce Nobel « va complètement à l’encontre des principes du prix et constitue également un blasphème pour le Nobel de la Paix », et qu’il va nuire aux relations entre la Chine et la Norvège.

La Norvège était si fière d’être le premier pays à bientôt conclure un accord de libre-échange avec la Chine… Ce projet devrait prendre un certain retard : les Affaires étrangères chinoises ont en effet convoqué immédiatement l’ambassadeur de Norvège à Pékin, tandis que l’ambassadeur de Chine à Oslo a tenu à rencontrer un responsable du ministère norvégien des Affaires étrangères.

Dans les deux cas, il s’agissait d’exprimer le vif mécontentement chinois. Et les précisions des Norvégiens, qui ont tenté d’expliquer que le Comité Nobel est totalement indépendant, même si ses cinq membres sont choisis par le Parlement norvégien, n’ont visiblement pas convaincu les autorités chinoises.

Selon le comité Nobel, Liu Xiaobo a été récompensé « pour son long combat, non violent, pour les droits fondamentaux de l’homme en Chine ». Le comité a aussi noté que la Chine étant devenue « la deuxième économie mondiale », « la puissance impose des responsabilités ».

C’est la première fois qu’un Chinois résidant toujours en Chine est couronné par un prix Nobel, toutes catégories confondues. Mais la censure chinoise a fonctionné à plein et, vendredi, les sites internet et les SMS contenant le nom du lauréat étaient bloqués.

Barack Obama, qui avait été le premier surpris lorsqu’il avait été choisi comme lauréat l’an dernier, a appelé Pékin à libérer le dissident, estimant que « le comité Nobel avait choisi un porte-parole éloquent et courageux des valeurs universelles défendues par des moyens pacifiques et non-violents ». La France, l’Allemagne, l’épouse du dissident et le Dalaï-lama ainsi que plusieurs ONG ont aussi réclamé la libération de Liu Xiaobo. Mais les pays du Sud, pour qui Pékin est un précieux partenaire d’investissements, sont restés prudemment très discrets : no comment !

Alors que le gouvernement chinois avait cette semaine, notamment lors du sommet Europe-Asie de Bruxelles, tenu bon face aux pressions occidentales en refusant de réévaluer sa monnaie, le yuan, le voilà qui ramasse ce Nobel dont il ne voulait pas. Même s’il n’y en a pas, certains à Pékin y verront un lien…

KIESEL,VERONIQUE
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