Merkel paie cash la facture nucléaire

Allemagne L’arrivée du « train aux déchets » mobilise les opposants aux centrales

BERLIN

DE NOTRE CORRESPONDANT

Plus de 30.000 manifestants sont attendus ce samedi dans la région du Wendland, en Basse-Saxe, pour protester contre l’arrivée du « Castor ». C’est le douzième convoi de déchets nucléaires en provenance du centre de retraitement de la Hague en France.

Cette fois, la résistance sera forte. En effet, les antinucléaires n’avaient pas connu une telle mobilisation depuis les années 80. Le mouvement, qui s’était mis en veilleuse après le compromis obtenu par Schröder sur l’abandon du nucléaire en 2020, renaît depuis la décision de la chancelière Angela Merkel de prolonger la durée de vie moyenne des réacteurs de douze ans.

Non seulement le mouvement est bien vivant, mais il s’est ouvert à la société tout entière. Contrairement aux années 80 et 90, les manifestants n’ont pas tous les cheveux longs. Ils sont issus de toutes les couches sociales et professionnelles. Certains portent la cravate. « Une manière de montrer que nous ne sommes pas des extrémistes de gauche mais des gens issus de la société civile », explique un manifestant cravaté venu du nord de l’Allemagne.

Par ailleurs, les opposants bénéficient aujourd’hui d’un soutien sans réserve de la population locale. Le nucléaire est plus impopulaire que jamais en Allemagne ! Plusieurs centaines d’agriculteurs du Wendland ont promis de sortir leur tracteur pour essayer de ralentir la progression du convoi. Ils étaient 350 lors de la dernière manifestation anti-« Castor » en 2008.

La police en force

Plus de 16.000 policiers seront sur le terrain avec des lances à eau pour empêcher les manifestants de s’enchaîner aux rails ou de rendre les voies impraticables.

Alors qu’on craint des débordements, la situation pourrait devenir délicate pour Merkel, dont la popularité est en chute libre. Selon les sondages, plus de la moitié des Allemands sont opposés à la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires. Pour eux, Merkel a brisé le difficile consensus obtenu entre le gouvernement Schröder et les industriels en 2000. Elle est accusée d’avoir cédé au lobby nucléaire. En autorisant les groupes énergétiques à laisser tourner leurs centrales plus longtemps, elle leur permet d’encaisser plusieurs milliards sans gros investissements supplémentaires (une partie doit néanmoins être reversée pour des subventions aux énergies renouvelables).

Par ailleurs, la problématique des déchets reste entière alors que la prolongation de la durée de vie des centrales devrait générer 4.400 tonnes de résidus radioactifs supplémentaires, l’équivalent de 36 convois « Castor ». L’Allemagne ne dispose toujours pas de lieu de stockage définitif pour ses fûts. Or, elle devra rapidement se mettre en conformité avec la loi en préparation à Bruxelles sur l’obligation faite aux pays membres de choisir des sites définitifs d’ici 2015.

Le gouvernement conservateur a décidé de reprendre les études de faisabilité sur le site de Gorleben, l’endroit où doivent être entreposées les 123 tonnes de déchets vitrifiés en provenance de La Hague.

Si le site de Basse-Saxe n’était pas retenu, les Allemands seraient confrontés à un véritable casse-tête. Aucune autre région allemande n’est prête à accueillir les déchets nucléaires en raison de la résistance de la population. La Bavière et de Bade-Wurtemberg, qui auraient des sols appropriés, ont déjà refusé toute étude de faisabilité.

BOURDOISEAU,CHRISTOPHE
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