Michel Houellebecq en 1 mn 29

Cette fois, ça y est. Après être passé deux fois à côté du Goncourt, en 1998 avec Les particules élémentaires et en 2005 avec La possibilité d’une île, Michel Houellebecq a enfin décroché la médaille qu’il voulait : le chèque de 10 euros généreusement offert par l’Académie Goncourt, et la gloire qui l’accompagne. Et les ventes, qui atteignent d’habitude les 400.000 exemplaires. Mais La carte et le territoire frôle déjà les 200.000.

Michel Houellebecq était arrivé à Paris dimanche soir. Venant d’Espagne ou de Portugal, on dit ne pas savoir chez son éditeur Flammarion. Didier Decoin, le secrétaire du jury, a proclamé le prix à l’entrée de Drouant, à 12 h 47. A 13 h 14, la mine peut-être un peu moins triste que d’habitude, mais vêtu de son éternelle parka brune au col de fourrure, Michel Houellebecq arrive, fait arrêter son taxi un peu plus loin, s’engouffre sous des échafaudages pour entrer chez Drouant par une porte dérobée. Mais la meute des journalistes fait irruption dans la salle réservée aux académiciens, bouscule tout le monde, « Même PSG-OM hier, c’était moins turbulent », lance Bernard Pivot. Edmonde Charles-Roux, Françoise Chandernagor, Tahar Ben Jelloun, Jorge Semprun et les autres ne savent plus où se mettre. Houellebecq non plus, apparemment, qui apparaît petit, si petit, au milieu de cette armée équipée de micros et de caméras.

« C’est une sensation bizarre. Mais je suis très content. Je pense que c’était nécessaire dans ma vie, dit l’écrivain français. En tout cas, c’est une très bonne chose. Tous les gens qui vont découvrir mes livres grâce à ce prix, j’espère que je ne les décevrai pas, qu’ils seront contents, que ça les incitera à lire. C’est souvent les gens qui lisent au départ peu qui achètent le Goncourt. »

Ce prix, une revanche ? « Je suis quelqu’un qui oublie, les blessures sont refermées », affirme-t-il.

La carte et le territoire ? « C’est le livre pour lequel j’ai fait le plus d’efforts de fluidité, ajoute encore Michel Houellebecq. Le meilleur de mes livres ? Je ne sais pas. C’est peut-être le plus facile à lire, certainement le plus compliqué en construction. »

A 13 h 23, il ajoute : « Flammarion mérite bien le Goncourt de temps en temps ». Cela faisait en effet 30 ans que Flammarion n’avait pas reçu le Goncourt. C’était en 1980, Yves Navarre et Le jardin d’acclimatation.

C’est sûr, on va encore gloser sur ce Goncourt. Mais une chose est certaine : La carte et le territoire est un excellent roman. Houellebecq y est tour à tour drôle, féroce, caustique et désespéré. On s’y amuse, mais il faut bien le dire : la vie est vaine. Rien d’innocent évidemment dans l’exergue donné en première page, un vers du poète Charles d’Orléans : « Le monde est ennuyé de moy/Et moy pareillement de luy ».

Ce roman, c’est à la fois la mort de l’art, qui cherche désespérément à rendre compte du monde actuel et qui est incarné par la neutralité amorphe de Jed Martin ; et l’assassinat d’un écrivain, Michel Houellebecq. Houellebecq se met en scène, et ce n’est pas triste : « Il ressemblait à une vieille tortue malade » , dit Jed.

Avec ce sacre de Michel Houellebecq et Virginie Despentes le même jour, la littérature française se donne une force soudaine, celle qui vient des marges vivifiantes de la littérature.

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE
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