L’euro n’est pas encore sorti de crise

Finances L’Irlande a finalement accepté de demander l’aide de ses partenaires

Soulagement : l’Irlande a finalement accepté d’appeler ses partenaires à l’aide. Mais se pourrait-il que l’Europe et l’euro – dont la survie était en jeu, dixit Herman Van Rompuy – n’auraient gagné que quelques mois de répit ? Voire moins ? Avant que les marchés financiers ne se tournent vers le pays que tous les analystes pointent comme le prochain maillon faible, le Portugal ? Analyse.

Fallait-il aider Dublin ?

Dublin n’a cessé d’affirmer que l’Irlande n’est pas en faillite, et que sa situation n’a rien à voir avec celle de la Grèce. Mais alors pourquoi le gouvernement Cowen a-t-il fini par demander, ce week-end, l’aide européenne ? Et pourquoi les autres capitales européennes étaient-elles si pressées de voir Dublin les appeler au secours ?

Parce que, s’il est exact que l’État irlandais n’aura pas besoin d’emprunter d’ici le mois de juin 2001, les banques irlandaises, laminées par l’éclatement de la bulle immobilière, sont virtuellement en faillite, malgré l’injection de 50 milliards d’euros de fonds publics.

Qu’une banque irlandaise tombe, et c’est l’ensemble du secteur bancaire européen qui vacille – à commencer par l’Allemagne et l’Angleterre, les deux premiers créditeurs de l’Irlande. (Ce n’est pas par bonté d’âme que Londres a promis un prêt bilatéral d’environ 8 milliards d’euros à son voisin).

Mais aussi parce qu’en prenant à sa charge les dettes des banques, l’État irlandais a lié son sort à celui de son système bancaire. Et les investisseurs n’ont aucune raison de faire un distinguo subtil entre l’État irlandais et les banques irlandaises.

Que Berlin, soutenu par Paris, ait répété qu’il n’y aurait plus de plan de sauvetage « à la grecque » sans participation des investisseurs privés, voilà qui a suffi à les inquiéter. Et à les inciter à exiger une prime de risque plus élevée – et donc des taux d’intérêt plus élevés – pour détenir des obligations irlandaises et celles des autres pays « faibles » de la périphérie de la zone euro, le Portugal et la Grèce.

L’Allemagne a eu beau tenter de corriger le tir en précisant que cela ne valait que pour l’après-2013, quand un mécanisme permanent de stabilité serait installé en lieu et place du Fond de stabilité créé en mai. Rien n’y a fait.

Il fallait donc un geste plus fort pour stopper un effet domino qui était – et reste – plausible. Le Portugal était le premier dans la ligne de mire des marchés. Or, son premier créancier est l’Espagne, dont le poids économique est bien plus lourd.

L’Irlande

est-elle sauvée ? En nationalisant (partiellement) et en recapitalisant le système bancaire, le gouvernement irlandais a pris la décision de faire payer aux contribuables les errements des banques. Avec comme conséquence, une explosion du déficit budgétaire cette année, à 32 % du PIB (produit intérieur brut)

Hors recapitalisation des banques, le déficit atteint 12,4 % du PIB. Et le gouvernement a annoncé, pour 2011, un budget de rigueur très sévère – un tour de vis de 6 milliards d’euros – qui ne constitue que le premier volet d’une cure d’austérité drastique qui doit ramener, d’ici 2014, le déficit public à moins de 3 % du PIB. Baisse des prestations sociales et des traitements des fonctionnaires, hausse des impôts frappant les ménages, les Irlandais vont déguster ! D’autant que dans un contexte de croissance faible en Europe et chez ses deux principaux clients, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, l’Irlande sait que l’austérité budgétaire va aggraver la récession et le chômage, qui touche 14 % de la population active.

Or, le gouvernement, qui doit encore faire voter son plan de rigueur, ne dispose que d’une majorité de trois voix, qui pourrait être encore amputée après une élection partielle le 25 novembre. Et ce lundi, les Verts, membres de la coalition, ont appelé à des élections anticipées… (lire ci-contre).

L’Union est-elle outillée face à la crise ?

Herman Van Rompuy s’est voulu rassurant : « Nous avons mis en place les instruments nécessaires pour surmonter les problèmes actuels dans la zone euro ». Au plus fort de la crise grecque, en mai, l’Union avait décidé un programme d’aide à la Grèce de 110 milliards d’euros, dont 30 milliards fournis par le Fonds monétaire international (FMI) ; et la création d’un « mécanisme de stabilisation financière européenne » de 500 milliards, complété par une ligne de crédit de 250 milliards ouverte par le FMI.

De telles sommes peuvent sembler colossales. Certes, le Fonds européen de stabilité financière peut sans problème financer l’Irlande et, au besoin, le Portugal. Mais s’il devait en outre venir en aide à l’Espagne, dont les besoins de financement sont estimés à 360 milliards d’euros d’ici 2013, les moyens mis à disposition du Fonds seraient très largement entamés…

De plus, le mécanisme mis en place en mai offre seulement un ballon d’oxygène de trois ans aux pays en difficultés : ceux-ci peuvent se financer sans faire appel aux marchés financiers – et sans devoir payer les taux d’intérêt réclamés par le marché. (Le prêt à la Grèce, par exemple, est assorti d’un taux de 5 %). Mais il ne contribue pas à résoudre la situation budgétaire. Pour preuve, le Premier ministre grec, M. Papandreou a déjà envisagé un… report du remboursement du prêt accordé par l’Union et le FMI. De même rien ne garantit que la situation des finances publiques irlandaises sera assainie en 2014. Car qui dit récession, dit baisse des recettes publiques. De sorte que l’objectif budgétaire pourrait s‘éloigner à mesure que le gouvernement approfondit la rigueur.

C’est la raison pour laquelle l’Allemagne demande la mise en place, pour l’après-2013, d’un mécanisme permanent de soutien financier, dans lequel les investisseurs privés (et notamment les banques) prendraient en charge une partie du coût d’une restructuration d’une dette souveraine.

L’austérité  sauvera-t-elle l’euro ?

C’est aussi la raison pour laquelle l’Union a décidé de renforcer le Pacte de stabilité et de croissance (avec son plafond de déficit public de 3 % du PIB ; et son plafond de dette publique de 60 % du PIB) – et notamment d’imposer des pénalités financières aux pays « indisciplinés » de la zone euro.

Mais si l’on fait exception de la Grèce (qui avait maquillé ses comptes publics), ce sont les États membres qui étaient hier considérés comme les « bons élèves budgétaires » – l’Irlande, le Portugal et l’Espagne – qui comptent parmi les plus affectés par la crise. En raison de l’important endettement des ménages et des entreprises et de la dégradation de leur position concurrentielle et de leurs balances courantes (et, en Irlande, de l’état des banques).

La Commission l’a reconnu implicitement, en proposant récemment d’élargir la surveillance mutuelle aux déséquilibres macroéconomiques. Car il y a, dans la zone euro, deux groupes de pays : les « forts » – l’Allemagne et ses voisins – et les « faibles » (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne…). Ceux-ci connaissent une croissance plus faible ; un endettement privé plus élevé ; un chômage, des déficits publics et des taux d’intérêt plus élevés ; une balance commerciale déficitaire. Et un énorme déficit de compétitivité. Et, pour ceux-ci, la seule solution proposée par l’Europe est l’austérité budgétaire et salariale, afin de restaurer leur compétitivité.

Et sauver l’euro ? Voire. Car la généralisation de l’austérité budgétaire va fragiliser une croissance faible. Et cela pourrait aggraver les tensions au sein de la zone euro au lieu de les conjurer…

BERNS,DOMINIQUE
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