Effroi à Séoul : « Cette fois, cela a l’air sérieux »

Corées Vive tension

Des touristes sud-coréens observent la fumée résultant du bombardement nord-coréen sur l'île en mer jaune © afp.

SEOUL

DE NOTRE CORRESPONDANT

Ce n’est pas une crise », affirmait rassurant Stephen Bosworth, l’envoyé spécial de Barack Obama pour la Corée du Nord, lundi. Dépêché d’urgence à Séoul, après la découverte d’un programme d’enrichissement d’uranium nord-coréen, le week-end dernier, le diplomate exprimait la détermination tranquille de l’administration démocrate face au trublion Kim Jong-il. Hier, a peine quelques heures après son envol pour Tokyo, une pluie d’obus tombait sur l’île Sud-coréenne de Yeonpyeong, en mer Jaune, affirmant la volonté de Pyongyang de défier Washington et ses alliés. Et forçant la Maison-Blanche à sortir de ses gonds pour « dénoncer fermement » une nouvelle agression.

En plein après-midi, l’artillerie lourde de l’Armée populaire a tiré cinquante obus sur cette île de pêcheurs, tuant deux soldats et réduisant en cendres des dizaines d’habitations.

Un vent de panique a soufflé sur Yeonpyeong où la population s’est enfuie sous les bombes pour se réfugier dans des abris. Immédiatement, l’artillerie du Sud a répliqué, appuyée par les chasseurs envoyés en urgence dans la zone. Des images de guerre retransmises à la télévision, qui ont semé l’effroi dans la population de Séoul, à moins de cent kilomètres de là, et pourtant habituée aux provocations nord-coréennes. « Cette fois, cela a l’air sérieux », souligne Haeyong, jeune journaliste. « J’ai très peur », ajoute Bomi, professeur de musique dans les beaux quartiers de la capitale.

C’est un geste « impardonnable », a déclaré le président Lee Myung bak, qui a tenu une réunion de crise et menacé de mener des représailles en cas de nouvelles attaques.

Mais conscient du risque d’engrenage, le dirigeant proaméricain a appelé ses hommes « à tout faire pour ne pas aggraver la situation ».

Car « cette fois-ci cela peut dégénérer en un affrontement armé », a expliqué inquiet Serguei Lavrov, le ministre des Affaires étrangères de la Russie, traditionnellement clémente avec son ancien allié socialiste. Le risque d’un dérapage représente « un danger colossal », a martelé Lavrov. Une préoccupation partagée par Catherine Ashton, la haute représentante de l’Union européenne et les grandes capitales occidentales. Au Japon, où le spectre d’une attaque plane depuis qu’un missile nord-coréen survola l’archipel en 1998, le Premier ministre Naoto Kan s’est dit prêt à « réagir fermement à toute éventualité ». Seule la Chine, alliée historique de Pyongyang, a fait entendre sa différence en se gardant de condamner son turbulent protégé. Pékin a préféré indiquer qu’il était urgent de relancer les pourparlers à six, enlisés depuis avril 2009, à la suite de la décision de Kim Jong-il de relancer son programme atomique.

De même, le régime du Nord accuse le Sud d’être à l’origine du bombardement en mer Jaune. « L’ennemi sud-coréen, malgré nos avertissements répétés, a commis des provocations militaires en procédant à des tirs d’artillerie dans notre territoire maritime », a affirmé le commandement de l’armée du Nord. Une accusation qui fait allusion à des exercices conduits depuis quelques jours par la marine de Séoul dans ces eaux disputées depuis 1953.

Le régime socialiste n’a jamais accepté la frontière maritime tracée par un général américain à la fin de la guerre de Corée. Un différend qui a conduit à des accrochages navals sanglants réguliers, dont le dernier, il y a un an.

L’armée « continuera sans hésitation ses attaques militaires si l’ennemi ose envahir notre territoire ne serait-ce que de 0,001 millimètre carré », ont prévenu les généraux de Kim Jong-il, faisant craindre de nouveaux accrochages.

SÉBASTIEN FALLETTI

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