La pénurie d’antigel jette un froid à Zaventem

Le produit antigel utilisé pour assurer le bon fonctionnement des avions, garantir la portance des ailes et alléger l’appareil de centaines de kilos de glace est un produit issu de l’industrie pétrochimique. À Bruxelles, l’approvisionnement en « glycol » est généralement assuré plusieurs fois par jour. © Sylvain Piraux.

Ça n’a pas fait sourire grand monde : la neige a empêché la livraison des produits de déneigement. Et de bien d’autres choses. La neige bloque la route qui bloque le camion qui bloque l’aéroport qui bloque l’avion qui bloque le touriste et l’homme d’affaires… C’est le résumé furtif d’une nouvelle journée de chaos hivernal. Pas uniquement en Belgique. C’est toute l’Europe qui découvre le poids du « blanc manteau de l’hiver » sur ses transports et ses infrastructures.

Solidarité aérienne

Le week-end, comparativement aux « grands » voisins (Francfort, Londres-Heathrow et Gatwick, Paris), Brussels Airport avait plutôt bien géré les perturbations météorologiques. Faisant presque oublier les problèmes de déneigement des pistes de l’hiver passé, renvoyés aux oubliettes par l’achat de nouveau matériel. Les 2.000 personnes obligées de passer la nuit dans les halls de l’aéroport bruxellois devaient plutôt leur inconfort à d’autres infrastructures qu’il était impossible de rejoindre. À tel point que, dimanche, Brussels Airport a accueilli une partie des vols que l’aéroport de Londres-Heathrow, un des plus importants d’Europe, avait dû refuser. Solidarité aérienne entre voisins, bien sûr. Mais également bonne affaire commerciale puisqu’il s’agissait principalement d’avions moyen et gros porteurs avec beaucoup de passagers. Des « gros » avions supplémentaires qu’il a fallu dégivrer avant leur départ… et c’est peut-être là que les problèmes ont vraiment débuté.

Surconsommation

Certains estiment que la capacité de dégivrage supplémentaire accordée aux avions « anglais », que d’autres aéroports n’avaient pas voulu accueillir, a représenté une surconsommation de produit de dégivrage. « On a eu des réunions de crise le week-end, on n’a jamais abordé le problème d’approvisionnement en produit, explique-t-on au cabinet du secrétaire d’État Etienne Schouppe. Et puis lundi matin, on nous annonce qu’on va être en pénurie… Ici au cabinet, on se pose quand même des questions. Après analyse, on a considéré ne pas devoir prendre de mesures particulières. Les pistes étaient ouvertes, le trafic aérien contrôlé. Le reste tient du problème entre fournisseurs. »

Jan Van der Cruysse, porte-parole de l’aéroport, avance une explication plus rationnelle : « Des 18 vols accueillis à la place de Heathrow, 12 seulement sont repartis, six sont toujours ici. Ce n’est pas ça qui fait la différence. Le problème est logistique. À cause de l’interdiction de circulation des camions, le fabricant français du produit ne peut plus ni fabriquer ni fournir l’antigel. »

« Le fabricant français du produit ne parvient plus à l’envoyer ni même à le fabriquer, confirme Brieuc de Meeûs, le CEO de Flightcare, une des trois sociétés de handling qui opère sur le tarmac de Bruxelles, notamment pour le dégivrage des avions de Brussels Airlines. Tout est bloqué, aussi bien en amont qu’en aval. Normalement, selon les conditions météo, nous recevons quatre, cinq ou jusqu’à huit livraisons par jour s’il le faut. À partir de samedi, le fabricant nous a prévenus que l’amont se tarissait. D’habitude nous disposons d’un stock tampon de 150.000 litres, de quoi tenir une semaine normale. Mais on a dû déneiger énormément et on a tout consommé en un jour et demi. Lundi matin à 7 h, on a reçu un camion, puis encore un demi vers midi, puis plus rien… On en recevra peut-être un peu mardi matin. En soirée au plus tard. » En début de soirée, d’autres solutions étaient toujours à l’étude.

Les autres compagnies de handling opérant à Zaventem, comme les autres aéroports en Belgique, n’ont pas connu le même problème. Contactés, les aéroports régionaux ont expliqué ne pas pouvoir se passer d’une partie de leurs stocks stratégique dans des conditions météorologiques pareilles… mais se portaient néanmoins candidats à accueillir les compagnies que Brussels Airport ne pouvait servir.

La débrouille

L’aviation est un monde toujours en compétition. Comme le montre une société concurrente qui s’est « débrouillée » pour assurer le dégivrage de ses clients. « Il y a trois fabricants de ce produit, un français et deux allemands, résume Laurent Levaux, le CEO d’Aviapartner, un des trois manutentionnaires à Bruxelles. Comme par hasard, aucun des trois produits n’est garanti s’il est mélangé. Par notre réseau, nous avons commandé du produit en provenance d’Allemagne. Durant la nuit, le personnel qui affronte déjà des conditions terribles va devoir nettoyer toutes les machines pour ne pas qu’il y ait de mélange mais mardi matin, nous serons opérationnels. » D’ailleurs, lundi en soirée, à la surprise répétée du cabinet d’Etienne Schouppe, les trois opérateurs présents à Zaventem annonçaient avoir trouvé des solutions d’approvisionnement…

Face à ces « impondérables » et à cette situation « fluctuante », incertaine comme la météo, les passagers ne peuvent que décliner à l’infini le vieil adage : prendre son mal en patience. Pas de quoi dégeler l’ambiance…

RENETTE,ERIC
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