Otages de FR3 : le mystère demeure

Afghanistan Stéphane Taponier, Hervé Ghesquière détenus depuis bientôt un an

Insidieusement, dans la douleur de chaque jour venu s’ajouter au précédent, la détention de nos confrères Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier (FR3) est devenue l’une des plus longues prises d’otage de journalistes de l’Histoire. Ce jeudi, il y aura 365 jours qu’ils sont otages de l’insurrection afghane, d’abord aux mains du Hezb-e-Islami de Hekmatyar, désormais du groupe d’opposition armée le plus vaste d’Afghanistan, les talibans « historiques » du mollah Omar.

A ce stade, les autres prises d’otages de journalistes ne soutiennent presque plus la comparaison : en 2004 en Irak, Christian Chesnot et Georges Malbrunot ont été détenus 124 jours ; en 2005, en Irak à nouveau, Florence Aubenas a été détenue 157 jours, soit plus de cinq mois ; en Afghanistan, la plus longue détention à ce jour était celle du journaliste David Rohde, du New York Times, enlevé fin 2008 et détenu 7 mois et dix jours. Désormais, le seul drame qui puisse être comparé à celui de Stéphane et Hervé donne froid dans le dos : notre confrère américain Terry Anderson est demeuré aux mains du Hezbollah de 1985 à 1997 au Liban, durant près de sept années. 2.454 jours…

Pourquoi tant de temps ?

Les débuts de négociation ont été balbutiants : on se rappellera que la direction de France Télévisions s’attendait à l’époque à une crise de quelques semaines sans plus, cependant que le président français Nicolas Sarkozy taxait les deux journalistes d’« imprudence vraiment coupable » et que le chef d’Etat-major des armées françaises, le général Jean-Louis Georgelin, stigmatisait le coût des mesures mises en œuvre pour retrouver les deux journalistes.

Depuis, chacun a retrouvé son sang-froid et ces errements premiers ont eu un impact difficilement appréciable puisque, côté afghan, comme c’est souvent le cas, les otages ont changé de mains. Ils se trouvent désormais prisonniers de l’une des plus vastes guérillas au monde, l’Emirat islamique d’Afghanistan (www. shahamat.info), leur lieu de détention est probablement connu avec une précision de l’ordre de un à deux kilomètres, et des preuves de vie diverses apparaissent régulièrement, même si elles ne sont pas toutes rendues publiques. La France, qui participe activement en Afghanistan à l’interception des signaux de radio et téléphonie, est l’un des pays les mieux placés pour ne rien manquer de toute manifestation de vie de l’un de ses citoyens.

Alors, pourquoi ce dossier traîne-t-il en longueur ? La raison n’en est pas publiquement connue : les services de renseignement extérieur français (DGSE) sont en première ligne et ont l’une des capacités d’action les plus performantes au monde. Si l’idée était défendable, une libération des otages par la force serait envisagée. Le dossier Chesnot-Malbrunot montre que la DGSE est parfaitement capable, tant technologiquement qu’humainement, de mener ce type d’action.

Si la force n’est pas envisageable, l’obstacle est probablement politique : dans la négociation entre Paris, l’Emirat islamique et ses deux parrains (Arabie saoudite et Pakistan), un élément fait obstacle. Mais à nouveau, la France a montré – lors de la détention de Clotilde Reiss, en 2009 en Iran – qu’elle pouvait s’ouvrir bien des portes. Il est probable que le mystère ne soit levé qu’au lendemain de la libération de nos confrères.

Anniversaire

Le 29 ou le 30 ?

Reporters sans frontières (RSF) et les comités de soutien aux journalistes de France 3 ont retenu pour cet enlèvement la date-anniversaire du 29 décembre, sans que la raison en soit évidente. Selon tous les comptes rendus de l’époque, c’est le mercredi 30 décembre 2009 que nos confrères ont quitté Kaboul pour rejoindre

la province proche de Kapisa, et c’est dans l’après-midi du 30 que leur capture a été effective. C’est ce même mercredi 30 au soir (lors du match de rugby Montpellier-Stade français) que les familles ont été prévenues. La nouvelle n’est devenue publique que le jeudi 31 décembre, via l’Agence France Presse. (A.L.)

LALLEMAND,ALAIN
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