Les coptes entre deuil et colère

Egypte Manifestations à Alexandrie et au Caire après l’attentat du Nouvel An

Chrétiens et musulmans ont manifesté ensemble contre la frappe terroriste d’une église. ©Ahmed Ali/AP.

LE CAIRE

De notre correspondant

Le sang a séché sur les murs de l’église Al-Kidissine d’Alexandrie. Mais pas les larmes de la communauté copte, frappée pendant les célébrations du Nouvel An par un attentat d’une violence sans précédent contre la minorité chrétienne égyptienne. « Cela ne s’arrêtera jamais », sanglotait dimanche une jeune femme dans l’atmosphère chargée d’odeurs de bougies et d’encens de la cathédrale Saint-Marc, siège de l’Eglise copte orthodoxe, où une messe était organisée à la mémoire des 21 victimes. Les autorités ont mis en cause des « éléments étrangers » dans l’attaque menée, selon le ministère de l’Intérieur, par un kamikaze qui a déclenché sa bombe artisanale remplie de clous au moment où les fidèles sortaient de la messe. Une allusion à Al-Qaïda, qui a promis de faire couler le sang des coptes après le massacre de chrétiens irakiens à Bagdad il y a deux mois.

Sept suspects étaient interrogés dimanche. Mais pour les coptes (environ 10 % de la population), le problème va bien au-delà. Entamée avec une fusillade meurtrière contre une église de Nagaa Hamadi, près de Louxor, l’année 2010 a été éprouvante. « Nous ne pouvons plus passer une fête en paix », se lamente la jeune femme, expliquant ne pas avoir le cœur à célébrer, le 7 janvier, le Noël orthodoxe.

A Alexandrie, déjà théâtre en 2006 de violents affrontements après une série d’attaques à l’arme blanche contre des églises de la ville, l’exaspération le dispute à la colère. Dans le quartier de Sidi Bichr, où a eu lieu l’attentat, des groupes de jeunes ont cherché ce week-end à en découdre avec la police. « Nous nous sacrifierons pour la croix », promettaient certains manifestants, déterminés à « ne plus se laisser faire ». Pour éviter une flambée de violences, les funérailles des victimes ont été organisées samedi soir dans un monastère à l’écart de la ville, en présence de 5.000 fidèles qui ont crié leur refus des condoléances du président Moubarak.

Malgré les appels au calme du patriarche copte Chenouda III, des manifestations ont également éclaté au Caire, notamment près du quartier à dominante copte de Choubra.

« Je n’ai pas peur de mourir, mais pas comme cela, pas parce que des fanatiques veulent me chasser de mon pays », soupire Mona, l’une des manifestantes, employée dans une banque au Caire. Sur internet, les coptes se passent en boucle les images de l’attentat et d’autres agressions contre leur communauté. « Pourquoi les autorités n’ont-elles rien fait pour nous protéger ? », demande Mona, jugeant insuffisantes les mesures prises après les menaces d’Al-Qaïda.

Amgad, un jeune informaticien, a regardé Hosni Moubarak condamner l’attentat à la télévision et appeler « les fils de l’Egypte à s’unir contre le terrorisme ». Il se dit un peu réconforté par la rapidité et la fermeté de la réaction du président égyptien. Mais il attend maintenant qu’il prenne les mesures fortes qu’il a promises dans son allocution. « Le temps où on se satisfaisait de discours du type ‘on est tous frères’ est révolu », affirme-t-il.

Beaucoup de chrétiens réclament la démission du gouverneur d’Alexandrie, voire du ministre de l’Intérieur. Ils accusent ce dernier de ne pas avoir assuré leur sécurité, mais aussi d’avoir laissé se développer une atmosphère d’impunité pour les agresseurs des coptes. Les autorités préfèrent souvent passer l’éponge sur les affrontements, même meurtriers, en organisant des réunions de réconciliation et en versant des indemnités aux familles.

Dimanche, dans une tribune au vitriol intitulée J’accuse, l’éditorialiste Hani Shukrallah a appelé sur le site du quotidien pro-gouvernemental Al-Ahram les Egyptiens à faire leur autocritique, jugeant que « l’hypocrisie et les bonnes intentions n’empêcheront pas le prochain massacre ». « Ce ne sont pas les criminels assoiffés de sang d’Al-Qaïda ou de tout autre groupe qui seraient derrière l’horreur d’Alexandrie qui m’inquiètent », mais davantage, énumère-t-il, l’aveuglement des autorités, la bigoterie des politiques, l’instrumentalisation de la religion ou le silence complice des intellectuels… Amgad veut encore croire que les choses vont changer. « Mais on approche du point de non-retour », prévient-il.

TANGI SALAÜN

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