Martine à l’orphelinat : Marcel Marlier est mort

Il n’y aura jamais de 61e album de Martine. Marcel Marlier, qui donnait chair et vie à la plus célèbre fillette du pays, s’est éteint mardi à l’âge de 80 ans. Ses obsèques se sont déroulées vendredi.

Martine, c’était un peu le Tintin féminin : un personnage intemporel qui avait fini par appartenir à chacun en Belgique, puis par conquérir le monde. Tintin en le parcourant, Martine en vivant toutes ses histoires dans son jardin ou au coin de la rue. Chacun d’entre nous a le souvenir d’heures passées à feuilleter avec une petite sœur les dessins sublimes de Marlier ou à s’entendre raconter les histoires sans vraie structure narrative de Delahaye. On a tous, même les garçons, quelque chose en nous de Martine…

Originaire de Herseaux, près de Mouscron, Marlier a consacré toute sa vie à dessiner pour les enfants. Dès le début des années 50, il entre en effet à La Procure pour en illustrer les livres scolaires. Casterman, maison tournaisienne qui d’ailleurs édite Tintin, le recrute et lui confie notamment l’illustration de grands classiques (les fameuses couvertures pour la série rose des Comtesse de Ségur). En 1954, Casterman demande à Gilbert Delahaye de rédiger des histoires pour petites filles. A 23 ans, Marlier en sera l’illustrateur pour la jeune collection Farandole. Martine à la ferme connaît un succès immédiat, bientôt suivi par Martine en voyage, Martine à la mer, Martine au cirque. Mais, en fait, elle devrait s’appeler Françoise, du nom de la petite voisine de Marlier, qui l’a inspiré…

Pendant plus d’un demi-siècle, un album arrivera à chaque fin d’année sous le sapin ou dans les cheminées des petites filles sages. Marlier se disperse peu, signe quelques albums de Jean-Lou et Sophie, mais revient toujours à Martine. Un métier, mieux un apostolat : pour chaque album, Marlier dessine plus de 600 esquisses pour ne conserver que 18 dessins par album. A la mort de Delahaye, son fils Jean-Louis Marlier prend le relais aux textes. En novembre dernier, alors qu’il fêtait son 80e anniversaire, Marcel Marlier publiait le 60e album de la série, Martine et le prince mystérieux.

Même si Martine semble d’un autre temps, la magie opère toujours. Les petites filles de 2011 s’y reconnaissent (1 million d’albums vendus par an encore aujourd’hui, un premier tirage de 80.000 ex.) même si Martine n’a pas de GSM et n’est pas sur Facebook. Et leurs mères y voient comme une madeleine proustienne, reliquat d’une époque révolue. Même Michael Jackson succomba aux petites culottes de Martine. L’histoire est connue : en Allemagne, la star planétaire tombe en extase devant un puzzle de Martine édité par Ravensburger. Il cherche à entrer en contact avec Marlier, l’invite dans un hôtel parisien, effleure les esquisses du dessinateur et s’écrie « C’est Dieu qui l’habite ! » « MJ » voudra acheter les dessins originaux. En vain. Ce qui participera d’un curieux procès : après l’affaire Dutroux, on ira jusqu’à accuser l’artiste de pédophilie parce qu’il dessinait la petite culotte blanche de la fillette.

« J’ai trouvé cela assez comique, dira-t-il à Joëlle Smets du Soir Magazine. J’ai toujours dessiné les enfants dans les vêtements qui étaient à la mode et, dans les années 50, les petites filles étaient habillées très court. Après, Martine a porté des joggings, des jeans et des baskets ! » Après Tintin, Martine est l’autre best-seller mondial de l’édition belge : 100 millions d’albums vendus (dont 35 en langues étrangères, essentiellement en Flandre, au Portugal, en Pologne et… en Chine). Et demain ? L’univers Martine continuera à exister, notamment en dessin animé (par les Armateurs, studio qui a créé Les Triplettes de Belleville) pour la télé en 2012. Mais il n’y aura plus d’album. « Personne d’autre ne dessinera Martine après ma mort », avait prévenu Marlier. Le beau livre s’est définitivement refermé.

LAUWENS,JEAN-FRANCOIS
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