Des bâillons pour parler à Orban

Union européenne Le Premier ministre hongrois à l’Europarlement

Les députés européens écologistes ont fait fort : ils ont accueilli le chef du gouvernement hongrois avec des bâillons et des « unes » censurées. © ap.

Strasbourg

De notre envoyé spécial

La présidence hongroise du Conseil de l’Union prend vraiment un mauvais départ ! On en a eu une nouvelle preuve, mercredi à Strasbourg, où le Premier ministre conservateur hongrois, Viktor Orban, était venu présenter ses priorités aux eurodéputés. Et où il a été surtout question de la nouvelle loi hongroise sur les médias, qui a subi un feu roulant de critiques…

Le chef du gouvernement hongrois s’était engagé, au début de ce mois, à modifier la loi controversée si la Commission européenne la jugeait contraire aux règles de l’Union. Pour autant, les adversaires de cette loi n’ont pas déposé les armes, en attendant le verdict de la Commission.

Viktor Orban a été accueilli dans l’hémicycle par de nombreux députés européens du groupe des Verts qui s’étaient bâillonnés et brandissaient des « unes » blanches de journaux hongrois, frappées du mot Censuré. Ambiance !

Et toute la séance a été houleuse. Daniel Cohn-Bendit, le chef de file des Verts européens, y a été le plus fort : « Aujourd’hui, a-t-il lancé, vous êtes sur le chemin de devenir un Chavez européen, un national-populiste qui ne comprend pas l’essence et la structure de la démocratie. » Le chef du groupe socialiste-démocrate Martin Schulz a encouragé Viktor Orban à « retirer » cette loi : « Avec ce texte, le pouvoir va contrôler la presse, alors que, en démocratie, c’est la presse qui doit contrôler le pouvoir. » Guy Verhofstadt, au nom des libéraux, a lui aussi demandé que la loi soit « changée le plus vite possible ». Même Joseph Daul, le chef du groupe PPE (famille politique du Premier ministre hongrois), a cru bon de dire : « Monsieur Orban, je vous fais confiance pour respecter la lettre et l’esprit des règles européennes. »

Le chef du gouvernement hongrois est un animal politique au sang chaud. Rappelons que son parti, le Fidesz, porté par son charisme (son populisme ?), a remporté la majorité absolue des voix aux législatives du printemps 2010, et conséquemment plus de deux tiers des sièges au Parlement de Budapest.

Mercredi matin, devant les eurodéputés, Viktor Orban s’est d’emblée montré offensif : « Ne mélangez pas les critiques sur la politique intérieure hongroise avec les six mois de la présidence hongroise. Si vous le faites, je suis évidemment prêt à me battre, mais vous devez réaliser que cela ne portera pas uniquement atteinte à la Hongrie, mais à l’Union dans son ensemble. » A l’issue du débat, il était déchaîné : « Je suis surpris que tant de gens sérieux et respectés prennent la parole en s’appuyant sur des erreurs. (…) Revenons sur terre et à la raison ! (…) La loi sur les médias peut être critiquée, mais je ne tolère pas que vous continuiez à offenser mon peuple, que vous contestiez ses aspirations démocratiques. (…) C’est une gifle pour les Hongrois ! (…) Je défendrai toujours mon peuple, mon pays ! »

Dialogue de sourds ! La balle est maintenant dans le camp de la Commission européenne, qui va écrire dès cette semaine au gouvernement Orban pour lui demander des « précisions » sur certains aspects de la loi. Mercredi matin, José Manuel Barroso, le président de la Commission, a répété que « le principe de la liberté de la presse est sacré dans l’Union européenne ». Ajoutant : « A côté des questions juridiques, nous devons aussi nous inquiéter des aspects politiques : il faut le soutien de tous à la présidence hongroise… J’espère que le Premier ministre Orban en tiendra compte. » Espère ? Le dernier mot de cette tragédie comique n’est, semble-t-il, pas encore écrit !

LABAKI,MAROUN
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